C’est toujours un peu tristounet un festival qui finit. L’avant-dernier jour, on voit déjà les copains repartir et pour cause, le lundi, ils travaillent. À l’intérieur, on commence déjà à démonter un peu toutes les installations. Les loueurs viennent récupérer leurs fontaines, les casiers de presse sont pratiquement vides et demain c’est sûr, on va enlever les plantes vertes.

Bien sûr, on y va tous de son pronostic. On se chamaille encore un peu sur les films. “Quoi??? t’as aimé ça mais c’était nullissime, t’as toujours aussi mauvais goût!!!”
D’ailleurs, on connaît tous des gens qui se sont fâchés très sérieusement à cause d’appréciations divergentes, certains en sont parfois venus aux mains. Cela peut surprendre, pourtant les débats sont largement aussi passionnés qu’une conversation politique à la fin d’un repas de famille bien arrosé. À Cannes, le cinéma, c’est ce qu’il y a de plus important au monde. Tout au moins pendant 12 jours. Le directeur Thierry Frémaux disait justement dans une entrevue “A Cannes, de quoi parle-t-on du premier croissant au dernier whisky au cœur de la nuit? Des films. Cette mystique du cinéma est assez impressionnante.”

Voilà qui me donne l’occasion de parler justement de Monsieur Frémaux. 5 ans qu’il est aux commandes du paquebot cannois et force est de constater qu’il mène sacrément bien sa barque. Il est du genre plutôt bel homme et, à tout dire, au premier abord, il semble trop sympathique pour être honnête. Franchement, dans ce monde de paillettes et de superficialité, le dirigeant du festival ne peut pas être un homme aimable, avenant et accessible. Cela n’a pas de sens. C’est du moins l’impression que j’avais toujours eue.

Jusqu’en janvier dernier où j’ai eu la chance de côtoyer Monsieur Frémaux d’un peu plus près. Soit dit en passant, il n’est pas “seulement” directeur du festival de Cannes, il dirige aussi de main de maître l’Institut Lumière de Lyon. Un temple du cinéma unique en France.
Donc, je disais, j’ai eu la chance de côtoyer Monsieur Frémaux d’un peu plus près lors d’un week-end hommage au réalisateur Karel Reisz (époux défunt de Betsy Blair)
Et là, j’ai découvert un homme, évidemment,éminemment cultivé, mais aussi et surtout drôle, simple, attentionné.
Je l’ai, de fait, regardé d’un autre œil cette année pendant le festival. Hormis un don d’ubiquité et un talent pour la télétransportation, Frémaux s’adresse à chaque interlocuteur comme s’il était l’unique festivalier à Cannes.
Il présente un premier film lituanien avec le même entrain et la même attention que le dernier Opus d’Oliver Stone. Il sait en même temps faire partager sa passion du cinéma au plus grand nombre.
C’est simple quand on le regarde parler de films, on comprend que le mot “cinéphile” ne veut pas forcément dire “snob élitiste” mais peut aussi être la traduction littérale de passionné de cinéma.
Bref, Frémaux est du genre à vous rassurer sur la faune cannoise.

Dans un autre genre, mais tout aussi charmants: l’équipe du service de presse. Imaginez, ils ont à gérer les caprices et les desideratas de 4000 journalistes.
Franchement, il y aurait de quoi commencer par aboyer un “non” systématique pour éventuellement causer avec les plus tenaces.
(Technique éprouvée des attachées de presse parisiennes du monde du cinéma) En effet, puisque les gens sont demandeurs, pourquoi être sympa avec eux?
Et bien, l’équipe de Frédéric Cassoly et de Clément Lemoine se situe à l’opposé de ce genre de comportement. Ils sont gentils, disponibles et ce même quand à l’instar de Shiva, ils ont 5 téléphones en main. A tel point, qu’une fois j’ai demandé à une amie qui avait été stagiaire chez eux, si toute cette gentillesse, franchement, c’était pas un peu du cinéma. Vous savez ce qu’elle m’a répondu? “Bosser avec Cassoly est mon meilleur souvenir professionnel.”

Alors bien sûr, je vous rassure, il n’y pas que de saints, gentils et adorables dans le festival. Evidemment, il y a aussi des peaux de vaches arrogantes et méprisantes mais bon… on gardera les délations pour l’année prochaine.

Plus sérieusement, j’ai eu la chance de manger avec Sydney Pollack.
Enfin… pour être plus précise, j’ai assisté à la Master Class du réalisateur, parmi 500 participants en mangeant une banane…. Mais je trouve la phrase “j’ai mangé avec Sydney Pollack” soooo Cannes!!!!
Bien sûr, on connaît le réalisateur talentueux.
Out of Africa, On achève bien les chevaux, Tootsie, les Trois jours du Condor etc…
Et bien ce que l’on sait moins, c’est que l’homme est un monument d’humilité, de simplicité, et d’intelligence. A cela vous rajoutez une bonne dose d’humour, des anecdotes pertinentes et évidemment passionnantes. Et là, vous n’avez plus qu’un regret… ne pas avoir dîné en tête à tête avec Sydney Pollack.