L’armée: désaveu ou engouement?
Avis d'expert: Houchang Hassan-Yari, professeur et directeur du département de science politique, Collège militaire royal du Canada
par Bianca Joubert - Amabilia.com
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Depuis 1994, Houchang Hassan-Yari voit défiler des centaines d’étudiants, dont plusieurs seront appelés à occuper des fonctions militaires. Pour lui, chaque individu a ses propres raisons de s’enrôler. “Certains perpétuent la tradition militaire familiale. D’autres veulent s’engager dans des missions au niveau international. L’aventure, les expériences hors du commun, le contact avec d’autres cultures figurent au rang des motivations, aussi bien que la fascination pour les équipements militaires, l’espace aérien ou maritime… D’autres encore ont des intérêts d’ordre financier.”
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Problèmes de recrutement, durcissement du slogan, opinion publique divisée, l’armée canadienne est-elle en crise? “Aux États-Unis, il y a un refus de s’enrôler. Ce n’est pas encore le cas ici, mais cela pourrait arriver. Lorsque l’économie fonctionne bien, il y a moins de volonté de s’engager. Voir les autres perdre la vie décourage aussi. Il y a un travail à faire au niveau des populations, mais on doit ensuite les laisser juger, puisque ce sont elles, après tout, qui fournissent les soldats.”
M. Hassan-Yari souligne les problèmes de relations publiques de M. Harper et l’incapacité de son gouvernement à informer les Canadiens sur ce qui se passe réellement en Afghanistan: “Il y a des bavures impardonnables, comme l’exclusion des médias lors du rapatriement des corps des soldats canadiens. Cela crée une distance entre la population en général et le fait militaire.”
Pour lui, le Canada participe à une guerre qu’il n’a pas choisi. “Suivre les Américains dans tout ce qu’ils font constitue une menace sérieuse à la souveraineté. Mais ce qui touche les Américains nous touche directement. Il ne faut pas oublier que 85 % de notre commerce se fait avec eux. Après le 11 septembre, l’économie canadienne a beaucoup souffert de la fermeture temporaire des frontières.”
Traité de “passoire pour les terroristes”, le Canada a subi des pressions énormes depuis les événements du World Trade Center. “Le Canada a relativement bien résisté dans certains domaines. Le meilleur exemple est le refus d’aller en Irak. D’un autre côté, nous avons suivi les Américains en Afghanistan par solidarité, mais aussi en qualité de membre de l’OTAN. Dans ce cas-ci, il y avait au moins une certaine légitimité internationale. Et le voisinage a aussi ses avantages, comme la sécurité.”
Mais l’implication aux côtés de la superpuissance ne vaudrait-il pas, justement, d’être une cible potentielle pour les terroristes? “Sans doute, mais ce n’est pas propre au Canada. La population espagnole était majoritairement contre l’invasion de l’Irak, mais le pays a été pris comme cible. Ce n’est plus une question de participation à une guerre, mais d’association.”
Pour le spécialiste, la perception de changement, de missions de paix à interventions plus musclées, est surtout liée à l’alignement de Stephen Harper sur la position américaine: “M. Harper est associé, à raison, à M. Bush, et toute association avec lui est perçue négativement. Mais contrairement à ce que pense l’opinion publique, sur le fond, il n’y a pas de changement de tendances dans les missions en Afghanistan. Les discours de Jean Chrétien parlaient déjà clairement de combats.”
De son avis, les Canadiens se sont créés un mythe, celui d’avoir une armée qui n’est là que pour le maintien de la paix. “C’est un concept trompeur. Le Canada a participé à la guerre de Corée, il était au Koweït, dans les Balkans… Il faut mettre les choses en contexte. Il y a eu une détérioration de la sécurité en Afghanistan depuis 2002. Il faut qu’il y ait une paix pour pouvoir la maintenir et cela passe par la destruction des talibans. Ensuite, on pourra s’attaquer à la construction.”
Justement, l’homme rentre tout juste d’Afghanistan, où il dit avoir constaté un écart entre ce que l’on voit dans les médias et la situation réelle. “Tout ce dont on entend parler ici, ce sont les combats à Kandahar, mais la population afghane est très dynamique. Sur place, 36 autres pays sont actifs. À côté des confrontations, les choses bougent. Il y a des programmes de développement économique, une multitude de journaux qui critiquent ouvertement le gouvernement. Les femmes sont aussi en train de prendre leur place.”
Donner sa vie pour son pays, un sentiment encore fort de nos jours? “Comme militaire, il faut respecter les ordres, mais il y a aussi la volonté de faire une différence, un certain idéalisme qui implique le risque de perdre sa vie. C’est le sens de la discipline militaire.”
Dossier:
- L’armée: désaveu ou engouement? - Page 1
- L’armée: désaveu ou engouement? - Page 2
Témoignages
- Sergent Bianca Vachon, Forces armées canadiennes
- Martine Éloy, porte-parole du collectif Échec à la guerre
- Avis d’expert - Houchang Hassan-Yari, professeur et directeur du département de science politique, Collège militaire royal du Canada
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point de vue:
- L'armée, en général, est aujourd'hui pointée du doigt pour ses bavures et en même temps, supportée pour son courage par la population. Pourtant, l'ingérence militaire reste encore critiquée ou acclamée, selon le traitement médiatique qui en est fait. Pensez-vous qu'un pays puisse agir militairement dans un autre pays pour renverser son gouvernement ou remplacer son armée manquante? Est-ce que les nouvelles traitées par les médias ont un impact déterminant sur votre perception de la situation et sur l'aspect positif ou négatif de cette ingérence?
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