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L’armée: désaveu ou engouement?
Témoignage: Martine Éloy, porte-parole du collectif Échec à la guerre
par Bianca Joubert - Amabilia.com -


“La première chose qu’il faut dire, c’est que le Canada est en guerre”, déclare d’emblée la militante. C’est une guerre illégitime et c’est la responsabilité des Canadiens de la dénoncer. Aux États-Unis, cela a mis du temps, mais lors des dernières élections de mi-mandat, le peuple a fini par désavouer les républicains.”

L’engagement de Martine Éloy ne date pas d’hier. Mais lors d’une conférence de presse de Bill Graham, aujourd’hui Chef de l’opposition, en 2005, elle est estomaquée: “M. Graham, alors ministre de la Défense, affirmait que l’idée des missions de paix était obsolète et qu’il fallait s’attendre à voir revenir des corps dorénavant. Beaucoup de gens associent les interventions plus musclées à Stephen Harper, mais la nouvelle politique étrangère canadienne a été présentée et adoptée sous Paul Martin.”
Selon elle, plusieurs pensent encore que les troupes canadiennes sont en Afghanistan pour une mission humanitaire, alors qu’elles participent à une guerre déclarée par les États-Unis après le 11 septembre 2001. Elle se réfère au rapport du Senlis Council, une institution britannique d’études internationales non gouvernementale, pour affirmer que l’Afghanistan constitue une mission suicide pour les soldats canadiens. “C’est un acte d’agression et non de légitime défense. Le Canada a toujours eu un intérêt économique dans certaines interventions militaires, mais jusqu’à récemment, il était plutôt impliqué au niveau du soutien. Il s’est maintenant affirmé combattant.”

Le collectif Échec à la guerre existe depuis 2002 et rassemble près de 200 organismes qui partagent une même vision: la guerre n'est pas une solution. “Il y a actuellement une volonté d’enjoliver les forces armées, une campagne sournoise qui vise à nous habituer à la présence militaire. À ma connaissance, avec Harper, c’était la première fois qu’un Premier Ministre canadien donnait une conférence de presse entouré de soldats.”
Elle souligne qu’une loi accordant des pouvoirs exceptionnels d’urgence, dont l’instauration d’un régime martial au besoin, vient d’être passée en catimini chez les voisins américains. “Il est important de se mobiliser avant qu’il ne soit trop tard. Depuis quelques années, il y a une atteinte énorme à notre souveraineté et à nos institutions démocratiques. Des décisions sont prises par des organisations internationales et les pays doivent s’y soumettre. Cela arrange parfois les dirigeants, qui n’auraient pu faire passer de leur propre chef certaines lois.”
À propos du devoir d’intervention, elle admet un devoir de solidarité envers les peuples en difficulté, mais se méfie de l’idée d’apporter la démocratie, une forme de néocolonialisme selon elle: “De quel droit se place-t-on dans la situation du sauveur? On peut appuyer les Afghans, mais c’est à eux d’identifier leurs besoins, de mener leurs luttes. La situation du pays est tout à fait différente de celle du Rwanda, par exemple, où il y avait un génocide appréhendé. Kaboul était aux prises avec un gouvernement brutal et dictatorial, soit, mais il y en a plein d’autres sur la planète! Pourquoi intervenir là en particulier?”

Pour Martine Éloy, l’idée de reconstruction n’est en fait que de la poudre aux yeux pour faire accepter la guerre. “Il est difficile de faire fonctionner des projets d’aide lorsque l’on tend d’une main un bonbon et tient de l’autre un fusil. On n’aide pas la population afghane, on mène une guerre, avec toute la destruction que cela implique. Même la Ministre fédérale de la Coopération internationale, Josée Verner, n’a pu voir de ses yeux un seul projet de reconstruction lors de son passage à Kaboul en octobre dernier.”
Dans sa “mission de paix”, le collectif Échec à la guerre reçoit l’appui de vétérans de la Bosnie, du Rwanda, d’objecteurs de conscience. “Il faut manifester notre désaccord par des lettres ouvertes dans les journaux, les tribunes téléphoniques. Les députés dont les bureaux sont envahis de fax de protestation demandant le retrait des troupes n’ont d’autres choix que d’en parler en Chambre. Si Jean Chrétien a refusé d’aller en Irak, c’est aussi à cause des manifestations monstres à travers le pays.”

Dossier:

- L’armée: désaveu ou engouement? - Page 1
- L’armée: désaveu ou engouement? - Page 2

Témoignages

- Sergent Bianca Vachon, Forces armées canadiennes
- Martine Éloy, porte-parole du collectif Échec à la guerre
- Avis d’expert - Houchang Hassan-Yari, professeur et directeur du département de science politique, Collège militaire royal du Canada
- Statistiques

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- L'armée, en général, est aujourd'hui pointée du doigt pour ses bavures et en même temps, supportée pour son courage par la population. Pourtant, l'ingérence militaire reste encore critiquée ou acclamée, selon le traitement médiatique qui en est fait. Pensez-vous qu'un pays puisse agir militairement dans un autre pays pour renverser son gouvernement ou remplacer son armée manquante? Est-ce que les nouvelles traitées par les médias ont un impact déterminant sur votre perception de la situation et sur l'aspect positif ou négatif de cette ingérence?

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