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Photo: Injection Botox

La chirurgie esthétique, un reflet de société
par Marie-Philippe Châtillon - Amabilia.com -


Bien que le phénomène soit quelque peu banalisé à la télévision, la chirurgie esthétique effraye encore. Bistouri, scalpel, microscope, laser, tuyau d’aspiration … Rien de rassurant pour la
cliente indécise. Après le décès de la Québécoise Micheline Charest, fondatrice de la

maison de production Cinar, plusieurs se sont inquiétés; bien que les résultats de l’autopsie n’aient pas été rendus publics, des proches ont affirmé qu’elle aurait succombé à des complications liées à une triple chirurgie esthétique nécessitant qu’elle passe six heures sous anesthésie. Pourtant, on estime que seulement 10 % des opérations échouent ou sont tout simplement à reprendre; l’inconnu est sans doute l’aspect le plus redoutable de l’expérience. Et curieusement, le reproche le plus fréquent formulé par les clients est le manque d’information reçue. Un patient présentant une fragilité psychique non détectée, ayant de mauvaises intentions et de trop hautes attentes, peut connaître de grandes déceptions. Le Dr Gilles A. Frenette, chirurgien plasticien à l’Institut de Chirurgie Esthétique de Montréal, explique: «Lors de la première consultation, la patiente dévoile ses demandes et un examen est fait pour établir si une chirurgie est indiquée et peut donner de bons résultats. De plus, le chirurgien analyse sa patiente pour voir si ses attentes sont réalistes. Il est assez facile en général de déterminer si une patiente a des problèmes psychologiques sérieux, auquel cas elle sera référée à un psychologue.»  Actuellement, en France, à peu près tous les médecins peuvent pratiquer la chirurgie esthétique: Ces actes ne faisant pas l'objet de remboursement, pratiquement aucun contrôle ne s'exerce. On estime à 600 le nombre de praticiens français spécialistes ou compétents en chirurgie esthétique. Or, 3000 à 4000 médecins jouissent de contrats couvrant certains risques professionnels encourus lors de la pratique de la chirurgie esthétique. L’Association pour l’Information Médicale en Esthétique (AIME) met la population en garde contre ces médecins: «Certains débordent largement de leur domaine de qualification: on voit ainsi des gynécologues faire des lipo-aspirations, des ORL pratiquer des plasties mammaires ou abdominales... Ce qui ne veut pas dire que ce sont tous des dangers ambulants, mais il est vrai qu'ils n'ont pas reçu, pour certains en tout cas, la formation que l'on peut souhaiter d'un chirurgien esthétique.»

Vivre avec un problème physique important pouvant affecter son quotidien est une épreuve dont plusieurs se passeraient bien. Certains en voient leur estime personnelle ravagée, détruite à la suite de moqueries subies pendant des années. À cette fin, l’utilisation de la chirurgie esthétique ne peut que difficilement être remise en question.  Là où plusieurs ne s’entendent pas, c’est lorsque la roue d’opérations se met en marche, que les chirurgies se multiplient.  D’abord, c’est une liposuccion, pour faire disparaître le gras qui ne serait jamais parti de lui-même; puis, c’est un lifting du visage pour se sentir jeune; une augmentation mammaire, pour plaire. Des injections de collagène, parce qu’après tout, on le mérite bien et ce sera parfait pour le prochain mariage. Bien souvent, rares sont celles qui se contentent d’une seule chirurgie. Pas surprenant, après avoir vu les résultats encourageants, inutile d’expliquer tout ce qu’on peut s’imaginer. L’un des principaux arguments que prônent les défenseurs de la chirurgie esthétique, c’est qu’elle existe: pourquoi ne pas s’en servir alors qu’elle peut aider, régler des problèmes?  Certes, elle peut corriger certaines anomalies, mais reste que l’estime de soi et la confiance peuvent éloigner à jamais certains complexes. Le RQASF ajoute: «Qu’adviendra-t-il de celles qui oseront résister, satisfaites de s’accepter telles qu’elles sont?  En plus de se voir exclues des canons beauté, ne risquent-elles pas d’être perçues comme anormales?» La chirurgie esthétique, est-elle consommée de façon responsable et réfléchie? Y a-t-il surconsommation dans certains cas?  Certains diront: «Peu importe, tant que la personne est heureuse.»  Reste à savoir si ce bonheur ne s’envolera pas, lui aussi, avec le temps.

Suite du dossier:

- La chirurgie esthétique, un reflet de société - Page 2

Témoignages

- Mathilde, reconstruction de l’oreille
- Laurence, nouvellement transformée
- Avis d'expert: Dr Gilles A. Frenette, chargé d’enseignement de clinique, Faculté de médecine – Chirurgie; Centre hospitalier de l’UdeM (CHUM) – Hôpital Notre-Dame; chirurgien plasticien à l’Institut de Chirurgie Esthétique de Montréal

Votre point de vue:

Avez-vous déjà subi une chirurgie esthétique?  En êtes-vous pleinement satisfait(e)?  Pensez-vous que, dans certains cas, la chirurgie esthétique va trop loin?  Faut-il tracer certaines limites? 

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