Les centres d’aide en troubles alimentaires et les hôpitaux offrant ce type de soins sont unanimes: les personnes anorexiques et boulimiques vivent des situations uniques. Toutefois, certains traits de caractère reviennent chez bon nombre de ces patients: «On ne peut pas parler de personnalités sujettes à l’anorexie et à la boulimie mais de tendances observées.» Ainsi, les personnes souffrant d’anorexie présenteront souvent des caractéristiques particulières: anxiété, vulnérabilité, tendances au perfectionnisme, haute sensibilité, recherche d’approbation. Du côté de la boulimie, les cas sont encore plus hétérogènes, selon le Dr Steiger. «On notera des sautes d’humeur, de l’impulsivité, des comportements plus extravertis, dramatiques.» La pression socioculturelle joue certes un rôle dans le déclenchement de ces maladies, la minceur préoccupe constamment notre société, mais cette pression n’est qu’une étincelle aux côtés de la bombe de facteurs qui, mis ensemble, peuvent y mener: composante génétique, expériences personnelles, régimes alimentaires répétitifs. Les adolescents ayant hérité de tendances à la vulnérabilité ou au perfectionnisme seront plus susceptibles de vivre un trouble de l’alimentation si, en plus, ils ont vécu un stress important venu amplifier leur difficulté d’adaptation. «C’est donc la convergence de l’hérédité, des expériences liées au stress et des effets néfastes des régimes suivis qui peuvent entraîner ces maladies.» Et ce dernier facteur est important: de plus en plus de gens se conditionnent à changer leur alimentation selon des modèles de régimes draconiens, encore une fois sous la pression sociale. Les régimes prolongés ou à répétition viennent plutôt nuire à l’organisme et à son bon fonctionnement. Après un certain temps, l’estomac et les organes ne savent plus où donner de la tête et abandonnent la lutte à la minceur. L’effet yo-yo s’installe: perte de poids, gain, perte, gain. Au lieu d’obtenir des résultats encourageants, c’est le désespoir qui s’installe. Mais depuis quelques années, ce sont les composantes génétiques influentes en anorexie et en boulimie qui retiennent l’attention des chercheurs. Par exemple, il semble qu’une baisse d’activité de la molécule sérotonine puisse influencer les problèmes d’humeur et d’angoisse, et donc entrer en ligne de compte dans les facteurs liés aux troubles alimentaires.
Les effets à court et à long terme d’une malnutrition conduisent souvent à un besoin d’isolement, à un sentiment de perte de maîtrise de soi, de honte. L’humeur, la concentration et la libido peuvent être affectées, et les réflexes d’angoisse et de perfectionnisme, renforcés. Les échecs sociaux risquent de se multiplier et susciter des idées noires, frôlant l’état dépressif. À l’hôpital Douglas, les différents soins offerts aux personnes atteintes de boulimie ou d’anorexie sont multidisciplinaires afin de répondre aux besoins, à tous les stades de la maladie: psychologie, nutrition, travail social, psychiatrie. Le Dr Steiger résume: «Il faut les aider à réévaluer leurs croyances par rapport à leurs choix alimentaires, établir des limites selon des barèmes particuliers à chacun, leur apprendre à s’auto-évaluer. Je suis très fier de dire que le premier médicament qu’on utilise est la bouffe!» Dans certains cas, des anti-dépresseurs sont prescrits afin de chasser les moments de déprime du patient. À l’aide des thérapies de groupe, les anorexiques et boulimiques apprivoisent l’environnement social, discutent de leurs tendances, s’entraident. L’hôpital Douglas offre des services spécialisés et s’occupe prioritairement des personnes présentant des troubles sévères, devant faire face aux nombreuses listes d’attente.
Mais une fois les thérapies terminées, les réflexes alimentaires modifiés, comment empêcher les dérapages? Il faut certainement accorder beaucoup de temps afin de changer les comportements et, en recevant les traitements appropriés, la majorité règle leur problème. «Quand on s’en sort, on s’en sort complètement.» Toutefois, une minorité ne brisera jamais complètement l’effet pervers des troubles alimentaires mais devra s’accrocher à l’espoir de les enrayer grâce au suivi effectué auprès d’un professionnel de la santé et aux services d’aide reçus.
Statistiques
Québec
8 % des filles âgées de 15 à 25 ans sont atteintes de troubles alimentaires
Chaque année, plus de 65 000 femmes de 14 à 25 ans présentent des troubles alimentaires
Canada
Statistiques Canada
90 % des anorexiques sont des femmes, 10 % des hommes
1 à 2 % des 13-40 ans sont anorexiques
2 à 4 % des 13-40 ans sont boulimiques
2002: 102 Canadiens sont décédés des suites d’un trouble alimentaire dont 13 % souffrant d’anorexie ou de boulimie
80 % des femmes ont suivi un régime avant d’avoir 18 ans
40 % des femmes ont suivi un régime avant d’avoir 9 ans
Agence de santé publique du Canada
Depuis 1987, les hospitalisations pour les troubles de l'alimentation dans les hôpitaux généraux ont augmenté de 34 % chez les jeunes femmes de moins de 15 ans et de 29 % chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans.
États-Unis
Santé Canada
1 % des filles souffrent de boulimie
0,28 % souffrent d’anorexie
France
L’anorexie touche surtout les 12 à 18 ans
1 % des adolescentes sont anorexiques |
Suite du dossier:
- Anorexie et boulimie: l’autodestruction - Page 2
Témoignages
- Mylène, boulimique depuis 8 ans
- Anaïs, ex-anorexique
- Avis
d'expert: Dr Howard Steiger, Directeur, Programme des Troubles de l’Alimentation (PTA), Hôpital Douglas, et professeur titulaire à l’Université McGill
Votre
point de vue:
1- Avez-vous déjà été touché(e) de près ou de loin par un trouble alimentaire? Si oui, comment avez-vous réagi?
2- Pensez-vous que l’image que véhicule la société occidentale est responsable, en partie, de l’augmentation du nombre de cas d’anorexie et de boulimie depuis les années 1990? Certaines compagnies choisissent maintenant d’être représentées, en publicité, par des corps qui s’approchent beaucoup plus de la réalité, de la vraie femme; la situation s’améliore-t-elle selon vous?
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