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Anorexie et boulimie: l’autodestruction - Anaïs*, ex-anorexique
par Marie-Philippe Châtillon - Amabilia.com -

Anaïs ne parle que rarement de son épisode anorexique d’il y a 8 ans. Une période de sa vie pendant laquelle les bouleversements se sont succédés les uns aux autres, un

moment entraînant de grands changements, les hauts et les bas de l’adolescence apportant leur lot d’instabilité. À 14 ans, Anaïs apprend la séparation de ses parents; elle doit alors déménager et changer d’école. Un an plus tard, elle se lance, tout comme sa mère et son frère, dans un régime amaigrissant. De semaines en semaines, elle réussit à perdre plusieurs livres et constate que son corps se transforme. «J’ai toujours été grassette et en maigrissant, j’en voulais toujours plus; enfin, ça pouvait m’arriver!» En éliminant certains aliments de sa routine, elle se restreint de plus en plus, allant bien au-delà de ce qui conseillé dans son programme. Elle peut passer des journées sans manger de féculents, et sans que sa mère ne s’en aperçoive, elle s’entraîne intensivement dans son sous-sol. Ces choix permettent à Anaïs de sentir qu’elle contrôle complètement son alimentation, qu’elle maîtrise cet aspect de sa vie. Petit à petit, ce besoin de contrôle se fait plus grand, s’appliquant à d’autres sphères: sociale, scolaire… Son frère quitte étudier un an à l’étranger. Lorsqu’il revient, il ne la reconnaît pas du tout. 

Sa méthode fonctionne, si bien que pendant neuf mois, Anaïs cesse d’avoir ses règles.  Son amie l’encourage fortement à consulter un médecin. «Il m’a fait une mise en garde sérieuse et j’ai dû prendre des hormones. Mais jamais il ne m’a dit qu’il fallait assurer un suivi, il n’a pas parlé d’anorexie directement.»  Bien qu’elle n’ait pas recours aux vomissements après les repas, qu’elle ne prenne pas de laxatifs, Anaïs souffre d’anorexie.  Elle connaît parfois des rages pendant lesquelles de «mauvais» aliments se succèdent dans sa bouche, souvent lorsqu’elle se retrouve seule, en perte de contrôle. Elle maigrit, se tâte et sent, pour la première, de façon bien définie ses os du bassin.  Elle sent ses côtes, remarque à quel point ses bras sont devenus petits, fins. Elle réalise qu’elle change, et elle aime ce qu’elle voit, ce qui l’encourage à continuer. Puis, à Noël, lorsqu’elle a 16 ans, elle prend un peu de poids. Le découragement l’envahit pendant plusieurs semaines.  Une agence de mannequin l’approche, fait quelques séances photo avec elle mais un jour, on lui explique qu’elle doit perdre quatre livres. «À ce moment, ça ne me tentait plus de maigrir, je voyais ça comme une montagne.» Sa vie se stabilise: elle termine bientôt l’école secondaire, choisit le domaine dans lequel elle souhaite poursuivre ses études; son frère revient de voyage, puis, facteur important, elle devient amoureuse d’un garçon et le fréquente quelques années. «C’est la première fois que j’ai été capable d’en parler à quelqu’un. J’ai expliqué à mon copain par quoi j’étais passée; il a été d’une grande écoute.» Anaïs reprend alors du poids peu à peu, elle cesse de pratiquer excessivement des activités sportives, mange sainement. «Les bonnes notions alimentaires que j’avais acquises en lisant sur l’alimentation, je ne les avais pas oubliées.» 

Elle stabilise même sa relation conflictuelle avec son père. «Mon père a toujours accordé une grande importance à l’apparence. Je lui en voulais tellement quand mes parents se sont séparés mais peut-être aussi que je voulais tellement lui plaire que je suis devenue malade; ça peut être l’un des facteurs…» Les années qui suivent ne présentent pas de signes d’anorexie. Anaïs contrôle encore aujourd’hui son alimentation mais de façon beaucoup moins sévère. Elle a un teint splendide, une féminité gracieuse et réussit à parler de cette période de sa vie sans aucune honte. Elle n’a pas consulté de professionnels afin de mettre un terme à son trouble mais un déclic s’est tout simplement produit: «C’est vraiment dans la tête que ça se passe. On ne peut pas aider quelqu’un qui ne veut pas être aidé et il faut que la décision vienne de soi.»  Anaïs respire la santé et représente à la fois l’espoir et la réussite; c’est une jeune femme qui a surmonté plusieurs épreuves mais qui n’en laisse rien paraître.  

* Prénom fictif 

Suite du dossier:

- Anorexie et boulimie: l’autodestruction - Page 2

Témoignages

- Mylène, boulimique depuis 8 ans
- Anaïs, ex-anorexique
- Avis d'expert: Dr Howard Steiger, Directeur, Programme des Troubles de l’Alimentation (PTA), Hôpital Douglas, et professeur titulaire à l’Université McGill

Votre point de vue:

1- Avez-vous déjà été touché(e) de près ou de loin par un trouble alimentaire? Si oui, comment avez-vous réagi?

2- Pensez-vous que l’image que véhicule la société occidentale est responsable, en partie, de l’augmentation du nombre de cas d’anorexie et de boulimie depuis les années 1990?  Certaines compagnies choisissent maintenant d’être représentées, en publicité, par des corps qui s’approchent beaucoup plus de la réalité, de la vraie femme; la situation s’améliore-t-elle selon vous?

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