du 15% des couples présentant une infertilité inexpliquée. Après trois inséminations non concluantes, d’un commun accord, ils se tournent vers l’adoption internationale. «Pour une première adoption, on nous a dit que c’était plus sûr de revenir avec un enfant adopté à l’étranger plutôt qu’ici.»
Moralement, il y a des moments difficiles à vivre, mais pour Élaine, il n’y a pas de deuil à faire, l’espoir renaît en se plongeant dans les recherches et les démarches d’adoption. Leur choix est fait, ils concentrent leurs énergies sur le Cambodge. Que ce soit un garçon ou une fille, peu importe, l’important est qu’il soit en santé. L’attente est longue, mais leur dossier est complet, leur demande sera traitée le plus tôt possible. Après 7 mois, première ombre au tableau: le bureau d’adoption du Cambodge ferme ses portes, temporairement. L’angoisse s’empare d’Élaine: Que faire? Changer de pays ou espérer recevoir une réponse dans les prochains mois? C’est une décision difficile à prendre mais elle n’hésite pas très longtemps: «En changeant de pays, je sentais que je l’abandonnais même si je ne l’avais jamais vu… C’est bizarre, on s’était attaché, on l’avait imaginé notre petit gars.»
Certes, ce délai est imprévu, mais le couple est solidaire. Dix autres mois plus tard, leurs efforts sont entendus, la demande est acceptée. Le vol de 31 heures en direction du Cambodge semble interminable pour les parents rejoignant leur trésor. Une fois arrivés, ils se rendent à l’orphelinat pour faire la connaissance de leur petit. Il dort, est âgé de 17 mois et réalise par la suite que les deux visages penchés au-dessus de sa tête ne sont pas comme ceux de son entourage… Vive réaction, il refuse de se laisser prendre par ces deux Québécois.
«Le choc culturel a été très fort pour nous aussi, le Cambodge est un pays extrêmement pauvre. Il y a beaucoup d’enfants amputés, handicapés, c’était difficile.» La nouvelle famille revient quelques jours plus tard s’installer dans leur petit nid. Les nuits s’avèrent très agitées; le petit Jérémie souffrent de terreurs nocturnes: Il crie, semble terrifié; parfois ses yeux sont ouverts, mais fixent un point précis, il semble paniqué. Ces terreurs nocturnes n’ont rien à voir avec les cauchemars; il s’agit d’une conduite hallucinatoire survenant en début de nuit. Il faut éviter de réveiller l’enfant, et plutôt chercher à le rassurer avec de douces paroles. Élaine n’avait pas été avisée de ce trouble du sommeil. Elle est d’avis que la préparation post-adoption n’est pas assez importante: «Même au niveau des Centres Jeunesse et des agences, on devrait nous informer du pire qui peut se produire et nous assurer un suivi gratuitement au retour». Jérémie ne dort pas très bien mais en plus, il repousse son papa. L’apprivoisement est lent et les moments de découragement et de frustration se multiplient de plus en plus. Il ne se laisse pas approcher facilement; c’est un travail quotidien, et les résultats aboutissent finalement après 16 mois, alors que Jérémie se laisse coller tendrement par son père. «Un des plus beaux moments que j’ai vécus, c’est quand, pour la première fois, je faisais la vaisselle, et je les ai entendus, mon mari qui se tiraillait avec notre fils, les deux riant très fort; je me suis dit, ça y est.»
Le papa de Jérémie a mis sur papier le flot d’émotions qui l’a parcouru pendant leur processus d’apprivoisement. Le texte est disponible sur le site Internet d’Adoption Québec, section témoignages (Le désespoir d'un parent adoptant): www.quebecadoption.net
Suite du dossier:
- Adoption: Trois possibilités
Témoignages
- Élaine, mère de Jérémie
- Ève, maman d’Angélica
- Avis
d'expert: Dupont, travailleuse sociale en adoption
Votre
point de vue:
1- Selon vous, y a-t-il encore beaucoup de préjugés face aux mères laissant leur enfant en adoption? Que pensez-vous vous-même de l’adoption?
2- Et pour celles qui ont déjà adopté, comment s’est passé votre expérience? Trouvez-vous que les ressources d’aide à l’adoption sont suffisantes?
|