
Paul
Bocuse
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Point de rencontre: Paul Bocuse, le goût de la farce
par Pascal Baudoin - Amabilia.com -
Pape,
empereur, ambassadeur? Qu'importe! Paul Bocuse s'amuse
dans la vie. De la vie.
Pour beaucoup, Paul Bocuse est le pape. De la cuisine,
évidemment. Et cela l'amuse. "Pourquoi
pas! J'ai déjà été Napoléon".
Entrée
A
quels honneurs Paul Bocuse a-t-il échappé?
A vrai dire, aucun. Son taux de notoriété
chez les Français dépasse les 85%.
Et les Lyonnais le désigne (à 45%)
comme ambassadeur de la ville, bien avant leur maire. |
De la cérémonie de remise de la cravate
du Mérite national, l'empereur des fourneaux
ne se souvient que du discours du consul de France. "Assez drôle". La date? Il
a oublié. "Ce n'est pas très
important tout cela", dit-il.
Fausse modestie? Pas sûr. "La vie,
c'est une vaste farce", explique ce verseau
né il y a 77 ans dans la chambre où
il dort encore aujourd'hui. La tête au nord,
la Saône à gauche. Quand un journaliste
américain lui demande ce qui a changé,
Paul Bocuse répond: "Les draps. J'ai
changé les draps".
De l'humour? Pas toujours.
Plat
de résistance
Engagé
volontaire à 17 ans pendant la guerre, Paul
Bocuse a été démobilisé
à 19 ans, en 1944. Son contingent a été
entièrement décimé. "J'ai
reçu la croix de guerre et perdu trois amis
sur quatre. J'ai simplement eu de la chance. Depuis,
je considère que je fais du rab". Du coup, Paul Bocuse travaille comme s'il allait
vivre cent ans; profite de la farce comme s'il devait
mourir demain.
La retraite? "Je vais me faire suer. Je
m'amuse. Et puis, ça fait belle lurette que
je ne fais plus rien ici", dit-il. Sauf
pendant les congés: "Pendant mes
vacances, j'ai servi 420 couverts. A mes amis. Je
ne fais plus la cuisine que pour eux".
Et de provoquer (lui dit chahuter): "A ceux
qui me disent que je suis jamais dans ma cuisine,
je leur répond: ''Mon voisin est toujours
au fourneau, c'est pour cela qu'il y a du monde
chez lui''". Et pan sur la toque!
Viande
et poissons
Le
goût de la farce, toujours, pour celui que
l'équipage (c'est ainsi qu'il parle de ses
200 salariés, bistrots compris) appelle ''Monsieur
Paul''. Quand son père était là,
il y avait deux Bocuse à Collonges-au-Mont-d'Or.
Pour les distinguer, on disait ''Monsieur Georges''
et ''Monsieur Paul''. "Et ma mère
disait Paulo", se souvient ''Monsieur Paul''
en ajoutant: "Ca fait un peu tenancier de bordel.
Dans le temps, c'était un peu vrai. Quand
j'ai commencé, il y avait neuf tables et
neufs chambres. Moi, je trouvais plus pratique de
louer les chambres l'après-midi. Ce sont
les mêmes clients qui venaient en famille
le dimanche". Moue mi-figue, mi-raisin.
La vie? Une comédie. Une vaste farce...
Dessert
"Je
n'ai rien appris à l'école. Je préfère
savoir que 1947 était un bon millésime".
Ah si! Sur les bancs de la collégiale, il
a appris à compter. "J'ai toujours
su compter", dit-il, malicieux.
Les premiers sous qu'il a gagnés, il les
a investis dans la cuisine. "Quand j'ai
eu la seconde étoile au Michelin, les toilettes
étaient dans la cour, les clients se lavaient
les mains dans le bac de la plonge et on servait
sur des nappes en papier. Sans rire", dit
''Monsieur Paul''.
Autre temps, autre moeurs. Mais si les lavabos ont
changé, discipline et rigueur restent. Autoritaire?
Paul Bocuse ne le nie pas. "C'est un truc
de vieux con, sûrement", glousse-t-il.
Lui qui tente de créer une émotion
d'un des 75 000 à 100 000 repas qu'un homme
prend dans sa vie, en sert 1 200 par jour.
Cela fait du monde. "Trop de monde".
Alors parfois, il plante tout ce cirque pour aller
chasser avec ses chiens. Un instant de solitude
dans cette vaste farce qu'est la vie.
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