Marie-Christine Copti : Vous baignez dans l'univers
du luxe depuis de nombreuses années déjà.
Qu'est-ce qui vous attire dans ce monde?
Patrick
Bousquet-Chavanne : C'est le côté
de création permanente. C'est un monde qui
n'est pas statique, qui est riche par les sujets
qu'il traite. Le luxe est aussi un monde qui fait
rêver et qui, pour moi, a toujours été
une grande inspiration. C'est ce brassement permanent
d'idées et de créativité qui
fait qu'on reste "challenge" à
chaque instant. Il y a peu de mondes qui vous offre
cette injection d'adrénaline quotidienne.
J'y vis bien depuis plus de vingt ans maintenant.
M.C.C. : Mais c'est aussi l'univers des cosmétiques
en particulier
P.B.-C.
: C'est un univers très sensoriel et
émotionnel, on se met en permanence en cause.
Par définition, je n'aime pas trop le statut
quo donc par affinité, je m'y sens bien.
Les tendances viennent, changent. Les cosmétiques
sont la beauté, la couleur, c'est l'évolution
des tendances.
Le besoin d'être devant les autres, en avant
des tendances et bien comprendre aussi ce que les
femmes recherchent dans chaque coin du monde, c'est
d'être à l'écoute et c'est un
sujet magique.
M.C.C.
: Est-ce qu'au niveau du luxe, vous observez une
démocratisation sur le marché américain?
P.B.-C.
: Totalement! Je crois que le mot-clé
est cette démocratisation du luxe. Il faut
faire attention parce qu'il ne faut pas que ce soit
une vulgarisation du luxe. La démocratisation
est l'accès à un plus grand nombre
à cet univers du luxe. Le luxe diffère
selon chaque personne, en fonction de votre mode
de vie personnel. Il y a aussi des racines différentes;
en Amérique, le luxe est plutôt au
départ du "street wear", ce sont
des marques qui sont nés de la rue. C'étaient
des marques tendances avant d'être des marques
de luxe. La culture européenne est très
différente. C'est un luxe d'héritage,
de culture, de raffinement, de sophistication, d'artisanat.
Il y a bien sûr une convergence de ces tendances
aujourd'hui puisqu'on pourrait dire par exemple
que des marques comme Dior font plus de "street
wear" à la limite alors que c'était
une marques très classique au départ.
Le luxe doit toujours être quelque chose que
l'on convoite et si c'est largement disponible,
le luxe n'est plus recherché de la même
façon. Il faut garder des aspérités
du luxe que sont la sélectivité, la
rareté, la qualité, l'artisanat et
l'audace de ce luxe.
M.C.C.
: La marque Estée Lauder existe depuis cinquante
ans, elle est née au Etats-Unis, à
New-York. Sentez-vous un attachement "patriotique"
de la part des consommatrices américaines?
P.B.-C.
: Je ne pense pas, je crois qu'il y a une affinité
culturelle. Estée Lauder est une marque qui
a su fidéliser un grand nombre de consommatrices
américaines avec un taux de notoriété
qui fait qu'au-delà de 80% des américaines
connaissent la marque Estée Lauder.
Cette marque a su communiquer parce qu'elle a su
comprendre les femmes aux quatre coins du monde
et leur apporter une définition de la beauté
et du bien-être avec laquelle elles se sentent
bien.
M.C.C. : Estée Lauder est aussi bien connue
pour ses actions sociales
P.B.-C.
: C'est une des missions, des visions de la
marque depuis maintenant plus de trente ans. Les
premières étaient toutes soutenues
par Estée elle-même dans les années
soixante et soixante-dix. Son principe était
de dire (Il traduit de l'anglais) "apporter
le meilleur de nous-même à tous ces
hommes et ces femmes que nous touchons par la beauté".
C'était le meilleur de ce qu'elle savait
créer mais c'était aussi savoir prendre
des positions et revendiquer des causes.
Evelyn Lauder (la belle-fille de Estée
Lauder, mariée à Leonard Lauder)
a aujourd'hui repris le flambeau et se lance depuis
plus de dix ans, avec son énergie et son
cur, dans cette bataille contre le cancer
du sein.
Je crois qu'on a fait d'énormes progrès
grâce à l'effort de la marque Estée
Lauder dans ce domaine, notamment en Europe et en
Asie où le cancer du sein était une
maladie peu connue. Par la mobilisation des équipes
de toutes nos filiales et dans le réseau
Lauder, on a su aussi mobiliser la presse pour faire
parler sans aucun tabou de cette maladie. On a su
bousculer les tabous en créant des centres
d'informations dans les "shopping centers",
les magasins. Cela fait partie des valeurs fortes
de la marque que d'être concerné par
tout ce qui touche la femme.
M.C.C.
: Depuis environ plus d'un an, un nouveau souffle
est passé sur la marque Estée Lauder
P.B.-C.
: Le besoin d'être plus tendance a été
perçu depuis plus de trois ans. Nous avons
depuis maintenant dix-huit mois mis en place une
équipe et une approche de collaboration créative
qui est très forte. Il y a une mobilisation
de l'énergie collective de cette société
et pour moi, les bonnes idées viennent de
partout, elles ne viennent pas que du siège
social à New-York. On rencontre des hommes
et des femmes qui bouillent d'imagination à
Tokyo, à Paris. Nous avons en fait ouvert
à Tokyo et à Paris des centres de
développement et de recherche produits pour
véritablement avoir ce concert de cultures.
M.C.C.
: Pour vous, quel est le summum du luxe?
P.B.-C.
: Le temps. (rires) Avoir le temps de vivre
et le temps avec ma femme et mes enfants.
M.C.C. : Et quel est votre plus beau souvenir
olfactif?
P.B.-C.
: Mon premier déplacement à Grasse.
Je suis né à Aix-en-Provence donc
d'une région de France où tous les
sens sont en éveil. Lorsqu'on a participé
à la collecte de lavande, jasmin, etc., c'est
une expérience sensorielle exceptionnelle.
M.C.C.
: Quel est votre pêché de luxe?
P.B.-C.
: Du foie gras confit! (rires) Un très
bon dîner avec de très bons amis.
M.C.C.
: Et votre pêché le plus simple?
P.B.-C.
: Une histoire avec mes filles le soir, avant
de se coucher.
Marie-Christine Copti: Au nom des lectrices d'Amabilia.com, M.
Bousquet-Chavanne... Merci!
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