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Patrick Bousquet-Chavanne,
Président de Groupe Sociétés
Estée Lauder Inc.

Patrick Bousquet-Chavanne, Président de Groupe Sociétés Estée Lauder Inc.
par Marie-Christine Copti - Amabilia.com -

Installé à l'hôtel Sofitel à Montréal, M. Patrick Bousquet-Chavanne était accompagné de plusieurs membres de son équipe pour rencontrer la presse. L'univers du luxe n'est plus un secret pour cet homme élégant qui a insufflé à la marque Estée Lauder une nouvelle fraîcheur et une image plus accessible.

Son sens avant-gardiste des tendances l'a poussé à établir des centres de développement et recherche à Paris et Tokyo mais derrière l'homme d'affaires averti se cache un homme de goût et de création…


Marie-Christine Copti : Vous baignez dans l'univers du luxe depuis de nombreuses années déjà. Qu'est-ce qui vous attire dans ce monde?

Patrick Bousquet-Chavanne : C'est le côté de création permanente. C'est un monde qui n'est pas statique, qui est riche par les sujets qu'il traite. Le luxe est aussi un monde qui fait rêver et qui, pour moi, a toujours été une grande inspiration. C'est ce brassement permanent d'idées et de créativité qui fait qu'on reste "challenge" à chaque instant. Il y a peu de mondes qui vous offre cette injection d'adrénaline quotidienne. J'y vis bien depuis plus de vingt ans maintenant.

M.C.C. : Mais c'est aussi l'univers des cosmétiques en particulier …

P.B.-C. : C'est un univers très sensoriel et émotionnel, on se met en permanence en cause. Par définition, je n'aime pas trop le statut quo donc par affinité, je m'y sens bien. Les tendances viennent, changent. Les cosmétiques sont la beauté, la couleur, c'est l'évolution des tendances.
Le besoin d'être devant les autres, en avant des tendances et bien comprendre aussi ce que les femmes recherchent dans chaque coin du monde, c'est d'être à l'écoute et c'est un sujet magique.

M.C.C. : Est-ce qu'au niveau du luxe, vous observez une démocratisation sur le marché américain?

P.B.-C. : Totalement! Je crois que le mot-clé est cette démocratisation du luxe. Il faut faire attention parce qu'il ne faut pas que ce soit une vulgarisation du luxe. La démocratisation est l'accès à un plus grand nombre à cet univers du luxe. Le luxe diffère selon chaque personne, en fonction de votre mode de vie personnel. Il y a aussi des racines différentes; en Amérique, le luxe est plutôt au départ du "street wear", ce sont des marques qui sont nés de la rue. C'étaient des marques tendances avant d'être des marques de luxe. La culture européenne est très différente. C'est un luxe d'héritage, de culture, de raffinement, de sophistication, d'artisanat. Il y a bien sûr une convergence de ces tendances aujourd'hui puisqu'on pourrait dire par exemple que des marques comme Dior font plus de "street wear" à la limite alors que c'était une marques très classique au départ.
Le luxe doit toujours être quelque chose que l'on convoite et si c'est largement disponible, le luxe n'est plus recherché de la même façon. Il faut garder des aspérités du luxe que sont la sélectivité, la rareté, la qualité, l'artisanat et l'audace de ce luxe.

M.C.C. : La marque Estée Lauder existe depuis cinquante ans, elle est née au Etats-Unis, à New-York. Sentez-vous un attachement "patriotique" de la part des consommatrices américaines?

P.B.-C. : Je ne pense pas, je crois qu'il y a une affinité culturelle. Estée Lauder est une marque qui a su fidéliser un grand nombre de consommatrices américaines avec un taux de notoriété qui fait qu'au-delà de 80% des américaines connaissent la marque Estée Lauder.
Cette marque a su communiquer parce qu'elle a su comprendre les femmes aux quatre coins du monde et leur apporter une définition de la beauté et du bien-être avec laquelle elles se sentent bien.

M.C.C. : Estée Lauder est aussi bien connue pour ses actions sociales…

P.B.-C. : C'est une des missions, des visions de la marque depuis maintenant plus de trente ans. Les premières étaient toutes soutenues par Estée elle-même dans les années soixante et soixante-dix. Son principe était de dire (Il traduit de l'anglais) "apporter le meilleur de nous-même à tous ces hommes et ces femmes que nous touchons par la beauté". C'était le meilleur de ce qu'elle savait créer mais c'était aussi savoir prendre des positions et revendiquer des causes.
Evelyn Lauder (la belle-fille de Estée Lauder, mariée à Leonard Lauder) a aujourd'hui repris le flambeau et se lance depuis plus de dix ans, avec son énergie et son cœur, dans cette bataille contre le cancer du sein.
Je crois qu'on a fait d'énormes progrès grâce à l'effort de la marque Estée Lauder dans ce domaine, notamment en Europe et en Asie où le cancer du sein était une maladie peu connue. Par la mobilisation des équipes de toutes nos filiales et dans le réseau Lauder, on a su aussi mobiliser la presse pour faire parler sans aucun tabou de cette maladie. On a su bousculer les tabous en créant des centres d'informations dans les "shopping centers", les magasins. Cela fait partie des valeurs fortes de la marque que d'être concerné par tout ce qui touche la femme.

M.C.C. : Depuis environ plus d'un an, un nouveau souffle est passé sur la marque Estée Lauder…

P.B.-C. : Le besoin d'être plus tendance a été perçu depuis plus de trois ans. Nous avons depuis maintenant dix-huit mois mis en place une équipe et une approche de collaboration créative qui est très forte. Il y a une mobilisation de l'énergie collective de cette société et pour moi, les bonnes idées viennent de partout, elles ne viennent pas que du siège social à New-York. On rencontre des hommes et des femmes qui bouillent d'imagination à Tokyo, à Paris. Nous avons en fait ouvert à Tokyo et à Paris des centres de développement et de recherche produits pour véritablement avoir ce concert de cultures.

M.C.C. : Pour vous, quel est le summum du luxe?

P.B.-C. : Le temps. (rires) Avoir le temps de vivre et le temps avec ma femme et mes enfants.

M.C.C. : Et quel est votre plus beau souvenir olfactif?

P.B.-C. : Mon premier déplacement à Grasse. Je suis né à Aix-en-Provence donc d'une région de France où tous les sens sont en éveil. Lorsqu'on a participé à la collecte de lavande, jasmin, etc., c'est une expérience sensorielle exceptionnelle.

M.C.C. : Quel est votre pêché de luxe?

P.B.-C. : Du foie gras confit! (rires) Un très bon dîner avec de très bons amis.

M.C.C. : Et votre pêché le plus simple?

P.B.-C. : Une histoire avec mes filles le soir, avant de se coucher.

Marie-Christine Copti: Au nom des lectrices d'Amabilia.com, M. Bousquet-Chavanne... Merci!


 
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