
Eric
Kayser
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Point de rencontre: Eric Kayser, le globe-trotter du pain
par Pascal Baudoin - Amabilia.com -
Tout
petit, Eric Kayser voulait être boulanger,
voyager et former. En inventant le "fermento-levain",
il va réunir trois passions en une.
Si
un jour vous visitez Paris, fouinez du côté
de la station de métro Maubert-Mutualité.
En bas de la rue Monge, dans le Ve. Il y a là
un marchand des 4 saisons, un épicier italien,
une très belle boucherie, une boutique de
vins et... une boulangerie. "Bio", s'il
vous plaît. "La boulangerie la plus snob
de Paris. Dans la file d'attente, on a vu un dimanche
matin un ex-ministre et deux prix Nobel", plaisante
Eric Kayser. |
Le gamin, né dans une famille où cinq
générations ont été
ou sont encore dans le pétrin, a fait un
bout de chemin. Le petit-fils de Willy et fils de
Jean-Claude (tous deux boulangers) a quitté
la Haute-Saône en 1977. Direction Nice. Au
pays des cigales qui chantent, son accent du terroir
qui traîne un peu et roule beaucoup les "r"
fait franchement rire ses camarades.
L'accent, il le perdra en bourlinguant. Après
un CAP et l'apprentissage, Eric Kayser est enrôlé
sous les drapeaux. Comme volontaire, il part au
Liban. De cette expérience, il gardera le
goût du voyage.
En 1983, il entame un tour de France. Il deviendra
formateur pour les Compagnons, puis pour l'Institut
national de la boulangerie.
En
association avec Ducasse
En
inventant le "fermento-levain", une machine
qui fabrique un levain liquide naturel, Eric Kayser
va réunir en 1995 toutes ses passions (la
boulangerie, la pédagogie et les voyages)
en une seule. Il sous-traite la fabrication de sa
machine, sa société de conseil vend
la formation.
Le "fermento-levain" ("le levain,
c'est un peu comme le vinaigre; on l'élève
à partir d'une souche, en montant en température")
lui permet de séjourner sur les cinq continents.
Et seulement, viendra l'idée d'un "showroom".
En septembre 1996, un vendredi 13 ("fallait
oser", glisse Eric), sa boulangerie ouvre au
8, rue Monge. "L'idée, c'était
de faire une tarterie fine, du pain au levain et
un peu de restauration-rapide chic". Un vrai
succès.
Deux ans plus tard, à deux pas, Eric Kayser
ouvre une boulangerie "bio". Puis une
franchise, à Paris. Un magasin à Toulouse,
à Megève, à Pointe-à-Pitre,
à Hokkaïdo. Et plus récemment,
à Paris, une épicerie/boulangerie,
la boutique "be boulangépicier",
créée en association avec Alain Ducasse.
Un espace qui allie boulangerie artisanale, épicerie,
sandwichs et prêts à cuisiner.
Un
international de tennis
On
ne le dit pas (ou tout bas), mais le pain d'une
cinquantaine de grands établissements (y
compris de trois étoiles au Michelin) est
livré par... Kayser!
Au Japon, l'artisan-inventeur propose des produits
français adaptés aux habitudes locales.
"Le béret et la baguette comme ambassadeurs
de la France, c'est surtout dans la tête des
Français", note Eric Kayser qui ajoute,
perfide: "Seulement 5 % des Américains
savent situer la France dans le monde. Alors, le
pain à la française..."
Même s'il n'aime pas le mot "manager",
le mitron est devenu un "chef d'entreprise":
150 employés en direct, 10 millions d'euros
de chiffre d'affaires en France, autant à
l'étranger. En chiffres, les boulangeries
Kayser consomment 100 tonnes de farine "sur
mesure" par mois (quand la moyenne des boulangeries
se situe à 3 tonnes par mois), dont 40 %
de farine "bio".
Malgré un développement assez étonnant,
Eric Kayser veut rester un artisan-boulanger ("pas
un industriel du pain") qui compte avant tout
sur l'humain. "Ce n'est pas un discours pour
la presse. Mon dernier associé qui fait du
pain dans le XVe arrondissement est un ancien joueur
international de tennis".
-A
lire: "Le retour du bon pain" par Steven
Kaplan aux éditions Perrin.
Quand un professeur britannique se penche sur
la miche française. Une synthèse encyclopédique
sur le "plaisir quotidien le plus vital".
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