
Dominique
Loiseau
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Point de rencontre: Dominique Loiseau, gardienne de la lumière
par Pascal Baudoin - Amabilia.com -
Février
2003. Bernard Loiseau choisit d'en finir avec la
vie. Plus d'un an après, Dominique entretient
l'esprit du chef. Avec foi et vigueur.
"Des
fois, je lui en veux. On avait fini, ou presque".
Dominique Loiseau pense à voix haute en regardant
ce relais, construit petit à petit, dans
l'effort (toujours) et la douleur (parfois). Un
relais à Saulieu, bled improbable, où
il fallait un culot énorme, un peu d'aveuglement
ou une bonne dose d'inconscient pour ériger
- travaux après travaux - cet "outil de travail formidable". Des remords? Peut-être. Mais pas forcément. |
Née à Saverne où le choix d'un
avenir hésitait entre l'agriculture et l'usine,
ouvrier dans les deux cas, Dominique Loiseau a choisi
l'ambition. Celle de s'en sortir.
Etudes scientifiques, l'Alsacienne devient professeur.
A Paris. Son premier studio (qu'elle possède
toujours), près des Champs-Elysées,
est l'affirmation de son indépendance.
Elle pige pour une rubrique "produits alimentaires",
devient journaliste. "Je prenais l'avion trois
fois par semaine, je rentrais là où
personne ne va. C'était grisant", explique-t-elle.
Un
type fabuleux
En
1986, elle "couvre" un concours à
Vichy. Dans le jury, Bernard Loiseau la dévisage.
Elle ne sait pas qui il est. Pire, elle le confond
avec un autre chef. Ils se marient en 1989.
Pour Dominique, le transfert à Saulieu n'est
pas simple.
Elle était autonome, indépendante,
Parisienne, célibataire sans enfant. Elle
devient la femme d'un chef médiatique, tenancier
d'une "maison pauvrette" qui brillait
moins qu'aujourd'hui, rentre dans un système
où seul le travail compte, ne trouve pas
sa place, devient rurale et attend un enfant. "Le
choc culturel à 35 ans", résume-t-elle.
Quand Bernard Loiseau SA entre en bourse, elle devient
directrice de l'établissement. Avec les moyens
de vendre l'image de la maison à l'étranger.
Un statut, une fonction; une vraie raison d'être.
Ne plus être dans l'ombre d'un chef qui trouve
ridicule de faire du shopping, juge inutile de prendre
des vacances, considère comme insensé
de fermer ne serait-ce qu'une journée. Mais
un "type fabuleux, charismatique, qui faisait
soulever des montagnes au premier gringalet qui
passe".
Sourire,
coûte que coûte
Aujourd'hui,
elle souffre encore de ce qui a été
dit, écrit, après le drame. Avec le
sens du devoir, "faire perdurer la lumière
de Bernard", elle décide - immédiatement
- que le relais restera ouvert. Elle accorde des
interviews pour faire passer le message. Pose avec
ses enfants. Passe pour maladroite (au mieux), froide
ou glaciale (au pire).
"Les journaux avaient écrit tellement
de choses fausses sur les finances du groupe, sur
notre couple. Je voulais rétablir la vérité.
Quand j'ai posé avec les enfants, j'ignorais
que la photo ferait la une d'un grand hebdomadaire.
Bernard avait toujours posé avec eux, alors...".
La journaliste a oublié les contraintes du
métier.
"Devant les caméras, j'étais
sous calmant, tétanisée par le drame.
J'ai simplement essayé de ne pas pleurer
pendant trois minutes trente". Par élégance.
Ou par pudeur.
Aujourd'hui, l'équipe a maintenu l'existant.
Trois macarons au Michelin, quatre étoiles
au Bottin Gourmand, 17/20 au GaultMillau. Michelin
peut-il accorder une note par compassion? "Je
ne le crois pas", juge Dominique. "Il
juge une prestation. C'est tout".
De temps en temps, un étranger - qui ignore
tout du drame - lui demande des nouvelles de son
mari. Elle botte en touche: "Il ne comprendrait
pas ou je gâcherais le repas". Dans le
métier d'aubergiste, sourire est un devoir.
Mais le soir, dans la cuisine, il lui manque la
voix chaude du chef. "Son sourire et ses yeux
qui pétillent aussi; mais cela, c'est plus
personnel", juge-t-elle.
Elle lève les yeux. Au dessus d'un comptoir
en bois blond, en noir et blanc, Bernard regarde
la salle du restaurant. "C'est sa plus belle
photo. Il nous a programmés pour continuer.
J'ai encaissé. Et rien ne peut être
plus grave que ce que j'ai vécu le 24 février
2003", conclut-elle.
-Pour
mieux connaître les activités du Groupe
Loiseau : http://www.bernard-loiseau.com
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