
Derek
Brown
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Point de rencontre: Derek Brown, un type pas compliqué
par Pascal Baudoin - Amabilia.com -
Derek
Brown a cessé d'être le patron du Guide
Rouge Michelin, depuis le 1er septembre 2004. Portrait
d'un Britannique au pays de "la bonne bouffe"
qui massacre le français façon Birkin.
"Il
y a quelques jours, je circulais en voiture sur
l'autoroute. Direction Paris. J'ai pris le Michelin
pour trouver un petit village où je n'avais
aucune raison d'aller. Si ce n'est que pour vérifier
qu'une table que nous avons sélectionnée,
valait le détour. Et c'était excellent.
Pour 15 €, seulement. Le guide, c'est cela.
Exactement cela". |
Fichtre. Derek Brown, est-il un stratège
en aménagement du territoire ou un adepte
d'Alphonse Allais qui voulait mettre les villes
à la campagne? Peut-être.
Ce ''bavard'' très élégant
cultive le sens de l'humour qui fait le charme (lui
dit ''la'' charme) des Britanniques. Il massacre
délicieusement notre langue, façon
Birkin; broie Shakespeare et Molière pour
des steaks de mots hachés, contractés,
mêlés. Des néologismes dont
il s'excuse ou s'étonne. Avec malice.
Le
''fuel'' et le plaisir
L'oeil
pétille. L'esprit aussi. Décalé,
il l'est sûrement. Une culture et une formation
différente. Mais sa personnalité avait-t-elle
apportée du "sang frais"
aux "Editions des Voyages" du groupe
qui manufacture aussi - et surtout - des pneumatiques.
Derek Brown ne le dit pas comme cela. Il amène
le propos plus finement : "Je ne suis pas
le mieux placé pour juger".
Après une formation hôtelière
qui le conduit de la cuisine à la salle,
du marketing à la formation, Derek Brown
a décidé, à 27 ans, ce qu'il
voulait faire de sa vie. "Je crois que les
jeunes ont aujourd'hui moins de chance",
glisse-t-il au passage, pensif. Il est directeur
d'un petit groupe de trois hôtels quand Michelin
passe une annonce pour recruter une équipe
en Grande-Bretagne. Il écrit. "Ma
candidature a été retenue. Je ne pensais
pas rester dans l'entreprise aussi longtemps... "
Derek Brown voulait voyager, découvrir, expérimenter.
Dans le domaine de la restauration, pour le "bonheur,
le plaisir et le ''fuel''".
Le ''fuel'', c'est la gastronomie vue par le petit
bout de la lorgnette, se nourrir pour vivre.
"Une
industrie d'hospitalité"
"Une
vie d'inspecteur Michelin, c'est difficile",
explique-t-il encore. "Tout le temps sur
la route". Il glisse une information: "C'est
un job où on reste dix ans en moyenne. Jamais
sur le même secteur pour ne pas refaire la
sélection de sa sélection".
Son métier, il le résume avec une
jolie formule: "L'objectivité dans
la subjectivité". Et c'est ainsi
qu'il explique le goût du secret de la maison:
"Nos critères, nos savoir-faire,
sont centenaires. Les livrer, c'est offrir à
la concurrence une méthode qui fait ses preuves".
Sir Brown qui affirme aimer la transparence et l'honnêteté,
le bon vin (et pas forcément français)
et les sports mécaniques déteste l'idée
selon laquelle Michelin fait et défait les
réputations. "Le cuisinier est un
sportif. Mais on ne lui demande pas un exploit unique,
on lui demande de ''performer'' tous les jours".
Performer? Comment on dit cela en français?
Déplorant que les journalistes focalisent
sur la vingtaine d'établissements au top
et oublient les 7 000 autres adresses, il confesse
qu'il déjeune ou dîne 300 fois par
an au restaurant et pas uniquement dans des trois
étoiles.
Ouvert à la cuisine du monde, Derek Brown
n'est pas un client difficile. "La restauration
est une industrie d'hospitalité et je n'aime
pas le ''non-service'' mais j'aime tout. La diversité
de la cuisine asiatique ou un rôti avec des
bonnes pommes de terre au four".
S'il ne fait la cuisine (faute de temps), il loue
les talents de cordon bleu de sa femme. "Elle
ne me voit pas comme un critique gastronomique.
Enfin, je l'espère". Et ses amis
? "Il savent que je ne suis pas un type
compliqué". Un caractère
tweed et de ''la'' charme, en somme
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