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Passeport culture: Marchés de Noël - Promenade dans les traditions alsaciennes
par Christine Castiglioni
En Alsace, plus de quarante villages ont leur Christkindelmarkt, leur marché de Noël. Strasbourg est le plus important, Obernai, le plus touristique, Thann est réputé pour son ambiance. A l’écart des grands axes, Bouxwiller ou Hunspach misent sur leurs splendides maisons à oriels, ces tourelles vitrées dans lesquelles les femmes tiraient l’aiguille. Colmar, lui, nous redonne l’envie du grand soir.
La ville revêt son habit de lumière dès le 25 novembre, premier jour de l’Avent. Des kyrielles de guirlandes lumineuses scintillent dans le ciel et sur les façades peintes. Les monuments brillent de tous leurs feux. Dans les quartiers du cœur historique - la petite Venise, le quartier des Tanneurs ou la Place des Dominicains - s’alignent des dizaines de petits chalets de bois |
où les artisans proposent leurs créations. Autant de symboles liés au Noël alsacien: les précieuses boules de verre, les santons de crèche en terre, en bois ou en porcelaine, les moules à Springerle finement décorés, les couronnes de sapin ornées de rubans, les bougies de Sainte-Lucie, le berawecke - un gâteau aux fruits secs longuement cuisiné,...
Tout est joliment mis en scène dans des brassées de sapin des Vosges. L’air piquant sent la cannelle, le pain d’épices, l’orange et les ”Bredele”, ces petits gâteaux qui rejoindront l’arbre de Noël. De grosses marmites de cuivre fumantes dégagent des arômes de vin chaud à la girofle. Au détour des allées, les chorales participatives entonnent des chants traditionnels. L’atmosphère est chargée d’une authentique chaleur humaine. Impossible de ne pas être au diapason, de ne pas s’émerveiller.
Le 6 décembre est un grand jour. Saint Nicolas descend dans le marché de la Petite Venise. Il distribue des friandises aux enfants sages, en particulier des manele, de petits bonshommes en brioche. Saint Nicolas était évêque de la ville de Myre au IVe siècle Il porte ses emblèmes: la mitre et la crosse. C’est le protecteur des enfants. On lui attribue la résurrection de trois enfants qu’un boucher avait égorgé pendant leur sommeil.
La petite histoire du Noël alsacien
Au delà de l’enchantement, les marchés offrent une immersion dans le patrimoine séculaire de la région. La couronne, le sapin ou les boules décoratives font l’objet d’une ferveur toute particulière. La couronne est celle de Christkindel, le père Noël alsacien. Il est incarné par une jeune fille vêtue de blanc et coiffée d’une couronne de sapin, ornée de quatre bougies, une pour chaque semaine qui sépare de Noël.
Le sapin de Noël issu des Vosges s’appelle ici Arbre de Paradis. Il est mentionné dès 1521 à Sélestat, dans un acte de vente précieusement conservé à la Bibliothèque Humaniste. D’abord décoré de pommes, puis de fleurs en papier ou de noix argentées, il s’est habillé de boules de verre, nées elles aussi dans les Vosges au XIXe siècle. Ce sont les verriers de Goetzenbruck qui les ont
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inventées. Privés de pommes et de noix parce que l’hiver 1857 était trop froid, ils eurent l’idée de les remplacer par des boules de verre soufflé. Un siècle plus tard, ils produisaient plus de 200 000 boules pour le monde entier. Aujourd’hui, la production se fait en série limitée au Centre verrier de Meisenthal, avec des artistes contemporains, férus de techniques de soufflage et d’argenture.
Pour les Alsaciens, Noël a un caractère sacré et les marchés, vestiges du Moyen Age, n’ont réapparu que très récemment. “Quand j’étais petite, se souvient Marie-Paule, 49 ans, nous fêtions Noël très simplement. Mon père allait couper lui-même un arbre le 23 décembre et ma mère le décorait avec des dizaines de bougies, des boules et des noix. Nous avions interdiction absolue d’entrer dans la pièce avant le 24 au soir. Quand enfin, nous découvrions le sapin, c’était un grand moment. Nous ouvrions les cadeaux apportés par l’Enfant Jésus avant d’aller à la messe de minuit, avec tout le village. Le dîner n’avait rien de particulier sauf au dessert : il se terminait immanquablement par un berawecke et des bredele que ma mère confectionnait en quantité pour en offrir.”

Marché de Noël à Strasbourg - © CRTA / Zvardon
Qu’importe si les mirages de la consommation ont repris leurs droits aujourd’hui; quand les enfants remontent la rivière et chantent Noël sur leurs barques flottantes, l’instant devient vraiment magique.
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