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Photo: Ouarzazate - © ONMT

Passeport Culture: Aux portes du désert marocain
par Christine Castiglioni


Posée au carrefour des grandes routes marocaines, comme une frontière invisible entre les hommes et les sables, Ouarzazate, bâtie il y a moins d’un siècle, pourrait n’être qu’une escale au cœur de nulle part. C’est pourtant l’entrée d’une des plus

belles régions du Maroc. Elle s’étend des Gorges du Dadès et du Todra jusqu’à Zagora, dernière étape caravanière avant le grand Sahara.
Ouarzazate où furent tournés des dizaines de films, de Lawrence d’Arabie à Mission Cléopâtre, a trouvé une renaissance avec le cinéma. Sans rien perdre de son authenticité. Les studios ultramodernes cohabitent avec les échoppes des petits artisans. Gardiens des traditions berbères du sud, ils sont nombreux dans les étroites ruelles de la ville à pratiquer le tissage des tapis ou l’art des Zelliges, ces mosaïques d'argile vernie découpées à la main en petits fragments. Chaque semaine, le marché hebdomadaire, moment inoubliable de bruits et de senteurs, reste un grand rendez vous. On y voit encore d’authentiques Touaregs vêtus de leurs caftans bleus indigo qui vendent les épices colorées en provenance des oasis perdues. On y croise aussi des marchands de fleurs et de légumes, d’anciens nomades, qui ont choisi de se poser, il y a bien longtemps et de vivre de la terre. Ils ont édifiés des Ksours (des citadelles fortifiées) et ont exploité ces cours d’eau capricieux que l’on appelle des oueds.

Des ksours centenaires

Rouges, ocres, bruns, les ksours ont la couleur de la terre qui a servi à leur construction. Bâtis à flanc de pitons rocheux, ils se détachent dans l’éclat bleu du ciel comme autant de refuges. Sous une fragilité apparente, ils affichent allégrement plusieurs décennies et continuent d’être habités. Certains murs crénelés atteignent vingt mètres de haut, vingt mètres d’argile et de cailloux qui ont résisté à l’érosion des vents et des pluies, rares mais violentes. Le plus spectaculaire est celui d’Aït-Benhaddou, inscrit au Patrimoine de l’Humanité, et quasiment inaccessible quand les oueds se gonflent des pluies diluviennes. Les autres villages ne sont pas en manque de charme. A l’intérieur, les kasbahs (les maisons), arborent souvent des décorations luxueuses: plafonds de cèdre ou de noyer finement peint, cloisons de stuc artistiquement ajourées, épais tapis… comme dans la féerique Kasbah de Taourirt. Edifiée au bord d’un lac émeraude, elle appartenait à un seigneur du désert immensément riche, le chef Thami el Glaoui, pacha de Marrakech. Poursuivi par le roi, il mourut en 1956 après avoir laissé dans tout le sud marocain de fabuleux témoignages de l’art berbère. Zagora est le terminus des oasis de la vallée du Drâa. C’est aussi l’entrée dans les grands sables infinis, les dunes éternelles, qui ne cessent d’émerveiller.

Les gorges du Dadès

Dans cet univers baigné de couleurs et de lumière, quelques kilomètres suffisent pour passer d’une terre aride et caillouteuse à une oasis fertile, ombragée de palmiers dattiers. La vallée du Dadès abrite une agriculture prospère. Les ânes et les dromadaires qui servent encore au transport cohabitent avec les troupeaux de chèvres. Elle cache aussi l’inattendu: des vergers et des champs de roses qui s’étendent, comme autant de petits miracles entretenus par les femmes berbères. Vêtues de la Hendira, leur tenue traditionnelle, et couvertes d’un voile noir, elles entretiennent jalousement leurs fleurs et leurs fruits. Un jour par semaine, elles quittent les jardins d’Eden pour le souk, le véritable poumon de rencontre et d’échange. On vient de loin pour acheter leur production. La vie jaillit de partout. Cette Vallée des Roses s’appelle aussi la Vallée des oiseaux. Dans le ciel, on les compte par milliers.
Mais dans ces espaces arides et montagneux, l’illusion ne dure pas et la nature reprend vite ses droits. A quelques kilomètres, les gorges du Dadès et du Todra laissent leur empreinte vertigineuse. Au coucher du soleil, ces éboulements chaotiques de roches violacées forment un décor lunaire. Seules des kasbahs en ruine culminent désormais sur les pitons rocheux. Et au loin, les cimes montagneuses du Haut Atlas se détachent nettement. Les sables brûlants du désert marocain sont tout proches des sommets enneigés. Un contraste de plus pour une région aux facettes infinies.


Photo: Sud du Maroc © ONMT

Carnets d'adresses: Sud du Maroc

 
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