orthodoxe tout de blanc vêtue, sont disséminés à chaque détour.
L’Histoire cent fois réécrite mêle ses vestiges à de fabuleuses légendes: le Minotaure, Dédale et Zeus, le Dieu des Dieux, ne furent-ils pas les premiers touristes! D’ailleurs, en Crète, le temps s’est arrêté et hier n’est jamais loin d’aujourd’hui. Ce qui rend l’atmosphère si singulière. C’est dans les petits ports encore intacts qu’on le ressent le mieux. A l’extrémité sud ouest, Paleohora (ou Paleochora) est l’un des plus jolis coins. A cheval entre mer et montagne, on le surnomme “la fiancée de la mer”. La végétation méditerranéenne y est particulièrement luxuriante: tamaris et eucalyptus disputent le terrain aux grenadiers et aux palmiers, c’est dire. Il faut prendre garde à son charme: certains prétendent que celui qui y a mis le pied ne veut plus jamais en partir. Quand la douceur du soir s’installe, les pêcheurs recousent les filets à la main, les anciens regardent le monde passer sur un banc en buvant un Raki (l’alcool de raisin local). A la terrasse du Kafenion, les joueurs de Távli (une sorte de jaquet) semblent rivés à leurs sièges. L’heure n’a plus cours. Ecrasé par la torpeur, on se prend à penser à tout ce qu’il faut voir sur l’île. A commencer par Knossos, le fabuleux palais-labyrinthe de la légende d’Ariane ou les “grandes” villes de Crète: Héraklion, la capitale moderne dont le marché quotidien attire la foule, La Canée ou Hania (prononcez Rania) avec son port vénitien, ses tisserands et ses brodeuses, les vieilles ruelles de Rethimno où l’on mange les meilleurs souvlaki de Crète (des brochettes de viandes) servies avec du tsatsiki (du concombre au yaourt). Mais en Crète, l’important est de prendre son temps. Et, pour nous, le temps passe trop vite.
La Crète aux deux visages
En Crète, la mer est omniprésente. Mais, contre toute attente, les Crétois ne sont pas des marins. Ce sont des montagnards. Du centre de l’île jusqu’au littoral, les hauts-reliefs donnent naissance à une multitude de paysages, dont aucun ne ressemble au suivant: forêt rare mais exceptionnelle, pâturages nombreux, hauts plateaux fertiles où poussent toutes sortes de fruits… A Ómalos, près de Hania, les orangeraies s’étendent à perte de vue. Les arbres fleurissent et produisent en même temps, au printemps et en automne, embaumant l’atmosphère. L’endroit est un point de passage obligé pour se rendre aux gorges de Samariá, une immense faille rocheuse de plusieurs kilomètres, qui conduit tout droit à la mer.
Plus à l’est, le plateau de Lassithi, est un autre moment d’émerveillement. Situé en bordure de la baie de Mirabello, une des merveilles crétoises, il sert de point d’ancrage à de multiples éoliennes à voiles blanches. Ces moulins à vent puisent l’eau dans les nappes phréatiques et permettent d’irriguer les cultures fruitières: pêches, raisin, figues, melons mûris au soleil ont un parfum et une saveur inoubliables. C’est dans ces montagnes que bat le cœur de l’île, au rythme des traditions que n’ont pas réussi à effacer sept siècles d’occupation turque. A l’occasion des fêtes, les habitants revêtent encore le costume traditionnel: bottes et culotte large, foulard à frange et poignard d’argent pour les hommes; pantalon bouffant, jupons, tablier et gilet noir pour les femmes. Loin de toute idée de folklore, ils dansent le pendozali (non le sirtaki qui est grec), au son d’une sorte de mandoline enivrante, lancent des fleurs et invitent les spectateurs à les accompagner. Puis le soir venu, ils s’installent autour des tables défraîchies de la taverne du village et dégustent pêle-mêle, à la fourchette, les salades de poulpe ou d’aubergines, les dolmades (feuilles de vignes farcies), les gigantes (fèves à la tomates). Et si l’un d’eux vous invite à boire le café, ne lui refusez pas cette hospitalité qui fait sa fierté. Vous partagerez un instant l’âme de ce paradis.

Photo: Hania / Loutra © GNTO
Carnets d'adresses: Crète
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