et fichu noir, passent en baissant la tête. Quant aux hommes, ils semblent vous ignorer, voulant peut-être justifier leur réputation de fierté exacerbée. On ne peut pas évoquer le pays sans parler de ses bandits dont le célèbre Muto de Gallura (le muet), à l’origine d’une vendetta sanglante parce qu’on lui refusait sa promise. Et encore aujourd’hui, le village d’Orgosolo est célèbre pour ses fresques murales, qui témoignent de l’opposition au pouvoir italien. On remarque juste en passant la porte de l’ancienne mairie, criblée d’impacts de balles. Un souvenir!
En fait, sous cet air revêche et fermé, les Sardes ne demandent qu’à partager leur riche culture, pour peu qu’on s’y intéresse. Si c’est le jour de la fabrication du pain, le ”Carasau a Tostu“ - une galette croustillante et savoureuse –, ils ne manqueront pas de vous permettre d’y assister. Dans les volutes de farine blanche, grand-mère, filles et petites filles ont fait la pâte très tôt le matin. Mais seule la grand-mère s’occupe de la cuisson dans le grand four à bois. D’un geste précis, elle retourne les pains un à un, et les sort à point. Le tout prend quelques instants. Le pain sera ensuite monté dans la montagne pour le repas traditionnel. Là aussi, les étrangers sont les bienvenus pour peu qu’ils se conforment aux usages. Pas de table, des assiettes en liège – c’est l’une des particularités sardes -, et tout autour, des cochons et des chèvres qui vivent en semi liberté dans les forêts. Au menu, saucisse de berger, cochon grillé au feu de bois, pecorino et coppuletas (petits gâteaux de pâte d’amandes, miel et zestes d’orange). Et en Sardaigne, un repas traditionnel se termine immanquablement par des polyphonies. Ces chants de bergers poignants qui résonnaient dans les montagnes sont devenus emblématiques de l’île. Les hommes les entonnent a cappella,en langue sarde bien sûr, pour raconter leurs grandes misères et leurs petites joies. Le flambeau est repris génération après génération. C’est aussi le cas des danses traditionnelles.
Pays de traditions
Le groupe de danseurs Kalagonis, qui se produit dans une ferme près de Cagliari, est un peu le conservatoire du folklore sarde. Il parcourt les festivals du monde entier, avec ses costumes exceptionnels - les costumes sardes sont connus pour être les plus beaux d’Italie - et un drôle d’instrument local, le launeddas , une flûte à trois roseaux vieille de 3 500 ans, que le sarde d’adoption Peter Gabriel utilise aujourd’hui dans ses morceaux.
L’île n’en est pas à un contraste près. Au cœur des montagnes, la ville de Tempio, qui vivait du liège, s’est reconvertie dans l’industrie high-tech. Et là encore, tout a été fait pour lui conserver son charme. Façades de granit, rues pavées, belles boutiques et une petite gare début de siècle. Entièrement restaurée, elle est décorée de fresques murales qui racontent la vie locale: la vente des olives, le berger et son troupeau, le marché, la quête de l’eau… Dommage qu’elle soit désaffectée. Même la célèbre locomotive à vapeur, Elsa, sauvée de l’oubli par un cheminot en retraite et qui balade les touristes dans les villages enclavés, n’y passe plus. Peut-être reverra-t-on un jour les petits trains sardes serpenter dans les montagnes… De quoi embrasser à l’allure de la loco à vapeur toutes les facettes de cette île aux allures de continent.

Photo: Stintino © Fototeca ENIT
Sardaigne, l’île mystérieuse
Carnets d'adresses: Sardaigne
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