
Photo: Robert Parker
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Le gourou du vin
par
Pascal Baudoin - Amabilia.com
Robert Parker est Américain et il fait la pluie et le beau temps dans le marché mondial du vin. Etonnant pour un avocat parfaitement autodidacte qui agace autant qu'il fascine.
«J'ai de la mémoire et de la discipline», dit sobrement Robert Parker. Le français est académique ou presque mais l'accent est méchamment caricatural. A couper au couteau.
«Enfin, j'ai de la discipline pour mon métier», corrige-t-il, «et si vous voulez, on peut vérifier avec ma femme». Large sourire.
Quand Robert Parker ne scrute pas les yeux de son interlocuteur, il sourit. Un sourire angélique qui illumine une face poupine et masque une cinquantaine bien tassée.
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On lui donnerait le bon dieu sans confession. Il est le diable dans le bordelais.
2 000 bouteilles par an
En une vingtaine d'années, Robert Parker est devenu le mètre étalon de la planète du vin. On dit qu'il a le nez parfait, comme Mozart avait l'oreille absolue.
Ses jugements sont redoutés parce que redoutables. Il suffit que ce dégustateur délivre une note d'exception à un vin pour que le cours du breuvage s'envole. Robert Parker n'est pas un critique, il fait le marché.
«Mon pouvoir est très exagéré», conteste-t-il fermement mais poliment. «Je suis flatté de ma crédibilité qui s'appuie sur un travail rigoureux mais je ne suis pas exactement ce qu'on dit». Qu'est-ce qu'on dit?
On dit par exemple que Robert Parker goûte à un rythme industriel: 50 grands crus ou 125 petits vins par jour, 2 000 bouteilles en moyenne par an. Robert Parker ne nie pas, il ajoute à l'agacement quand il affirme: «C'est facile».
«Parkériser»
Une légère rotation quand il porte le verre au nez, il ne ferme pas les yeux, ne semble produire aucun effort particulier, trempe ses lèvres. Pas ou peu d'émotion même sur un vin exceptionnel auquel il attribuera entre 96 et 100 sur 100. Sa grille de cotation commence à 50.
Que dit-on encore? Qu'il a un goût très marqué. Tellement que les Français ont inventé le mot «parkériser». Une manière de faire du vin pour séduire le gourou. «Je sais cela», commente-t-il un tantinet agacé. «Mais c'est faux. Mon goût prononcé pour le boisé est un mythe. La preuve, j'aime les côtes-du-rhône qui n'ont jamais vu une barrique».
On dit qu'il est incorruptible. «C'est ma réputation», ironise-t-il.
On dit également qu'il bouscule tout et ne respecte rien. «Je suis Américain», se justifie-t-il. «C'est plus facile pour moi d'être parfaitement indépendant». Une pierre dans le jardin des confrères.
Une cuite à 18 ans
Américain et avocat, quelle vocation? Aucune. Ce fils de paysan du Maryland a découvert le jus de raison fermenté presque par hasard.
A 18 ans, il a pris une cuite (la première et la seule) chez ses futurs beaux-parents. A 20 ans, il prend l'avion pour Paris, rejoindre sa fiancée qui apprend le français à Strasbourg. Il est amoureux d'elle depuis l'âge de 15 ans. Patricia est toujours sa femme. Comme lui, elle est avocate. Comme lui, elle a travaillé dans un cabinet spécialisé en prêts bancaires.
De quoi gagner sa vie et s'offrir l'été des vacances dans les grands châteaux. En France. Dans ce pays où il vient quatre fois par an. Là où, un midi de 1967, Robert Parker a préféré commander un pichet de vin parce que le Coca-Cola était hors de prix.
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