producteurs dont le but est de sauvegarder tous les aspects des produits alimentaires traditionnels. Quatre ans après sa création, l’Arche contenait déjà 450 produits; aujourd’hui, il y en a 750 comme le maïs blanc criollo argentin ou le miel de thym de Sicile. Autre initiative: les Sentinelles Slow Food. “Alors que l’Arche enregistre tous les aspects de la production et de la spécificité géographique d’un produit, les Sentinelles travaillent activement à développer les marchés des aliments en danger en stabilisant les techniques de production, établissant des standards de production rigoureux et en promouvant le produit sur les marchés potentiels.”, explique-t-on au sein du mouvement. “Ainsi les Sentinelles Slow Food peuvent être perçues comme le bras droit de l’Arche.” Aujourd’hui, on compte 300 sentinelles dans le monde comme par exemple le Porc Noir de Bigorre.
Puis, il y a Tierra Madre ou
comment créer le plus grand
réseau d’échanges de producteurs
agricoles. En effet, au Salon du
Goût de Turin (près de 180 000
visiteurs en octobre dernier), des
paysans du monde entier se
rencontraient grâce à Slow Food.
L’occasion de mettre en commun
leurs connaissances et leurs
problèmes, de se faire connaître
et de mettre en place une “mondialisation positive”.
C’est ainsi que les Samis (ceux
que l’on appelle les Lapons en
Scandinavie) et des bergers mongols se sont découverts des points communs.
Iils ont donc décidé d’établir via Internet les bases d’une internationale des populations nomades.
|
Pourquoi la France est-elle une mauvaise élève?
Avec seulement 1 800 adhérents, la France fait figure de cancre. Pourtant, elle partage toutes les valeurs de cette philosophie, alors pourquoi si peu de gens concernés? “La France a un complexe de supériorité en matière de gastronomie”, plaisante Gilbert Dalla Rosa, “Et l’Italie ce n’est que le pays de la pizza.” Même son de cloche chez François Simon, le plus critiqué des critiques gastronomiques: “Il y a ici en matière de gastronomie, une telle autosatisfaction que le monde entier semble exclu de notre autocélébration. A la limite, notre pays accorde un dédaigneux soupir de désintérêt à la poutargue mauritanienne, aux noisettes boliviennes, à la racine yacon argentine.” |
Enfin, il y a l’université des sciences gastronomiques de Bra. “C’est une université privée fondée il y a deux ans”, explique Monsieur Dalla Rosa, “On y voit la gastronomie à travers les sciences, l’écologie, l’économie,… En croisant la gastronomie avec ces autres disciplines, on remet au centre l’acte de manger à qui on veut rendre toute sa dignité.”
Mais le Slow Food n’est pas un label. “C’est un concept, un signe de ralliement.” souligne-t-il, “Nous apportons notre soutien à certains produits mais on ne peut pas vendre un produit slow food, même si on voit de plus en plus de petits malins qui essaient de créer des restaurants Slow Food. Ce mouvement n’a pas de but lucratif. C’est d’ailleurs pour cela que nous mettons tout en œuvre pour l’ouvrir aux pays en voie de développement. Ainsi, au lieu de l’adhésion à 50 euros, on va permettre à certains producteurs de pays pauvres (Mali, Côte d’Ivoire) de s’affilier pour 2 euros.” En attendant, sa progression continue en Amérique du Nord, en Scandinavie, en Russie, en Slovénie, en Australie, au Kenya, en Afrique du Sud, en Argentine, au Mexique, au Japon… mais toujours rien en Chine.
Carl Honoré est canadien. Son essai Éloge de la lenteur a été traduit en 28 langues, donnant une exposition sans précédent au mouvement.
Quel avenir a selon vous le mouvement Slow Food?
Je pense qu’il va continuer à prendre de l’ampleur. Les gens connaissent le nom et la signification bien mieux qu’il y a quelques années. En même temps, l’état d’esprit culturel a évolué et a adopté les principes du Slow Food, à savoir que l’on mange mieux, avec plus de plaisir, que c’est meilleur pour la santé et meilleur pour le lien social quand ce que l’on mange est cultivé, cuisiné et consommé à une allure raisonnable. L’inquiétude concernant l’environnement et les dommages liés à l’industrie agro-alimentaire pousse de plus en plus de gens à s’intéresser à la démarche Slow. Il y a encore beaucoup à faire mais je suis optimiste.
|
|
A-t-il réellement une raison d'être?
Absolument. Slow Food est bien plus qu’un simple dîner pour épicuriens snobs. Il s’agit de repenser la relation la plus importante que nous avons, celle que nous avons avec la nourriture que nous mettons dans notre bouche. On mange tellement mal maintenant car nous mangeons en nous dépêchant et bien des choses que nous mangeons ont été produites à un rythme industriel. Slow Food est essentiel pour combattre cela.
Quel est selon vous sa plus belle réussite?
Difficile à dire. Peut-être leur initiative la plus récente de toucher les humbles producteurs du tiers monde. C’est très important que Slow Food ne s’intéresse pas seulement à une minorité de pays riches. C’est une philosophie et un art de vivre que tout le monde doit pouvoir apprécier. La nourriture ne devrait jamais être élitiste.
Quelles sont ses répercussions dans notre quotidien?
On voit plus de gens qui prennent le temps d’acheter des bonnes choses, de les cuisiner et de les manger à table avec la télé éteinte. On voit un retour aux dîners familiaux, en particulier dans les pays anglo-saxons.
Éloge de la lenteur de Carl Honoré, aux Editions Marabout.
|
|