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Photo: Piatti Grembiule

La révolution Slow est en marche
par Katia Chapoutier - Amabilia.com


Parfois le Mac Do a du bon. C’est l’ouverture d’une de leurs enseignes qui a donné naissance au mouvement gastronomique le plus extraordinaire du XXe siècle. Nous sommes en 1986 alors qu’un de ces fast food s’installe Place d’Italie à Rome; une bande de copains bons vivants s’insurgent lors d’un dîner bien arrosé et décide de lancer le mouvement slow food comme signe de rébellion. Trois ans plus tard, c’est à Paris, à l’Opéra Comique, “un lieu sérieux mais pas trop”, que le mouvement est officiellement baptisé et lancé. La révolution slow est alors déclenchée. Son symbole? Un escargot bien sûr. Ses adhérents? Des gourmands, des gourmets, des gastronomes qui souhaitent (re)mettre le plaisir de manger à l’honneur. On prône les produits du terroir, le fait de manger à table, en famille, le temps de vivre. Bref, on prône le plaisir. Peu à peu, le

mouvement évolue et se fait connaître. A mi-chemin entre le club de bons vivants et l’ONG, Slow Food réunit aujourd’hui plus de 80 000 adhérents dont 27 000 en Italie, pays de son fondateur.

A quoi sert le mouvement Slow Food?

La définition claire et exhaustive est la suivante “Mouvement qui s’oppose aux effets dégradants de l’industrie et de la culture du fast food qui standardisent les goûts, qui promeut les effets bénéfiques de la consommation délibérée d’une alimentation locale et de nourriture indigène, qui a des programmes d’éducation du goût pour les adultes et les enfants, qui travaille pour la sauvegarde et la promotion d’une conscience publique des traditions culinaires et des mœurs.”
Traduction: le Slow Food sert à combattre cette satanée malbouffe dont on nous rebat les oreilles, à s’assurer que nos enfants connaîtront le vrai goût des fraises et sauront à quoi ressemble un navet, à peut-être un jour régler les problèmes de famine, à sauver les paysans et leurs productions… A ceux qui se demandent si tout ce tapage ne serait pas un peu exagéré, les têtes pensantes de Slow Food assènent quelques vérités édifiantes. Chaque jour, dix espèces de fruits ou de légumes et dix races animales sont perdues. “Avant, les fromages français avaient des goûts différents”, explique Gilbert Dalla Rosa, vice président de Slow Food France. “Aujourd’hui ils sont tous faits avec du lait de la même race de vache. On a du coup perdu une immense variété de goûts.”
Pour cause, depuis le début du XXe siècle, on aboutit à la perte de 75% de la diversité des produits agricoles. Pire que cela, aujourd’hui, moins de trente végétaux nourrissent 95% de la population mondiale.

Ainsi, aux Etats-Unis, 80,6% des espèces de tomates et 90,8% des variétés de maïs ont disparu. Au Mexique, pays que l’on imagine volontiers plus traditionaliste, la situation n’est pas meilleure. La tortilla (galette de maïs), base de l’alimentation depuis des siècles, est peu à peu remplacée par le pain de mie industriel. Résultat: carences alimentaires, problèmes de surpoids et pour la première fois, les mexicains connaissent de graves problèmes bucco-dentaires.
En France, 160 millions de hamburgers ont été vendus en 2005 alors qu’une étude britannique est claire: les gens qui mangent deux fois par semaine au fast food pèsent 4,5 kilos de plus que les autres au bout de 15 ans avec en prime deux fois plus de diabétiques.

Bon, propre et juste

Il aura fallu 20 ans au fondateur du Slow Food pour résumer sa philosophie en trois mots: Bon, propre et juste, titre de son dernier livre. A travers un texte riche, parfois ardu mais résolument passionnant, le lecteur découvre à quel point la gastronomie ou l’art de bien manger est loin d’être futile. “La gastronomie est une science qui a pour objet le bonheur.”, écrit Carlo Petrini, “Par l’entremise de la nourriture, langage universel et immédiat, élément identitaire et objet d’échange, elle apparaît comme l’une des formes les plus puissantes de la diplomatie pour la paix.”
Bon: “Le bon est le respect des autres et de soi-même: travailler afin qu’il devienne un droit pour tous fait partie de notre mission de civilisation.”
Propre: “Un produit sera propre dans la mesure où il est durable du point de vue écologique.”
Juste: “Remettre l’homme au centre, remettre la terre au centre, remettre la nourriture au centre: un réseau humain de l’alimentation, qui, en harmonie avec la nature et dans le respect de toutes les diversités, puisse promouvoir la qualité: le bon, le propre et le juste.”

Bon, juste et propre de Carlo Petrini, aux Editions Yves Michel.

Suite: Le Slow Food a du pain sur la planche

 
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