l'anti-mondialisation ou le terroir, la citoyenneté
et la consommation éthique. C'est tendance. Mais
est-ce meilleur?
Dix questions, dix réponses.
1)
Qu'est-ce qu'un vin bio ?
Le
vin bio n'existe pas. C'est l'agriculture qui est biologique.
Le vin est donc issu de raisins de l'agriculture biologique.
Car le règlement européen 2092/91 du conseil
du 24 juin 1991 concernant le mode de production biologique
de produits agricoles et les denrées alimentaires
ne s'applique pas au vin. Le cahier des charges s'est arrêté
aux portes du chai, ignorant la vinification.
2)
Qu'est-ce qu'une vigne bio ?
La
viticulture n'est pas épargnée par les excès
du productivisme. Les sols sont saturés de potasse
et d'azote. Les vignes vivent souvent sous cloche chimique:
fongicides, insecticides. Les agrobiologistes, eux, utilisent
exclusivement des produits exempts de molécules chimiques
de synthèse, préférant les matières
premières d'origine naturelle (engrais verts comme
le seigle ou le trèfle, composts, cuivre, soufre,
insecticides d'origine végétale, algues marines).
Désherbées mécaniquement, les vignes
bio s'identifient à la petite verdure qui stabilise
et structure le sol entre les rangs.
3)
Et la biodynamie ?
Quelques
vignerons se convertissent à une forme radicale d'agriculture
biologique, la biodynamie qui se fonde sur des idées
de Rudolf Steiner, un philosophe, médecin, agronome
autrichien de la fin du XIXe. La biodynamie s'appuie sur
les influences astrales, prend en compte le rythme de la
nature, autorise des préparations végétales
de type homéopathique visant à rééquilibrer
et à revitaliser le végétal plutôt
qu'à le soigner. Quelques-uns des plus grands vins
sont produits selon ces méthodes. Et ces vignerons,
parfois très pointus, sont souvent les plus primés.
4) Mais en cas de maladies de la vigne ?
La
viticulture bio n'interdit pas de traiter. Ni le mildiou
avec de faibles doses de sulfate de cuivre (et des tisanes
d'osier et de saule, parfois); ni l'oïdium avec du
soufre naturel. Les
insecticides sont biologiques et les viticulteurs utilisent
la méthode subtile de confusion sexuelle (leurre
de phéromone) pour éviter aux insectes de
se reproduire et d'envahir le vignoble.
5)
Peut-on espérer un cahier des charges de vinification
en agriculture biologique ?
La
région Languedoc-Roussillon sera l'une des premières
à mettre en uvre une charte de droit privé,
établissant les règles pour la vinification,
la conservation et le conditionnement de la filière
bio. L'objectif de la fédération nationale
interprofessionnelle des vins de l'agriculture biologique
(FNIVAB) est de l'inclure, à terme, dans le règlement
européen. Concrètement, cette charte limite
strictement les produits et les pratiques autorisés
sur moût et sur le vin. Pour le SO2, le cahier des
charges de la FNIVAB prévoit de diviser les doses
maximales autorisées par deux. Plusieurs points restent
à discuter: les bouchons bio, la traçabilité
6)
Quels sont les dangers du soufre et du cuivre?
L'utilisation
de produits naturels comme le cuivre a eu des effets désastreux
sur les sols. Mais aucune étude n'a été
réalisée à ce jour pour démontrer
qu'une corrélation pouvait s'établir entre
cuivre et toxicité sur l'environnement et sur l'homme.
Le lien entre le soufre et le mal à la tête
n'a jamais été scientifiquement prouvé.
La cause majeure de la "casquette" est l'excès
d'alcool.
7)
Les vins sont-ils filtrés? Collés? Chaptalisés?
Le
cahier des charges de la FNIVAB n'interdit pas ces pratiques.
Les vins peuvent être clarifiés par collage
à l'uf. Si l'uf est bio. Le vigneron
peut chaptaliser. Si la saccharose est certifiée
bio.
8)
Comment reconnaît-on un vin issu de l'agriculture
biologique?
Une
seconde étiquette ou une contre-étiquette
porte la mention "vin issu de l'agriculture biologique".
C'est la seule mention légale en France. Même
le logo AB (Agriculture Biologique) qui est un identifiant
fort pour le consommateur est interdit.
9)
Le message du bio ne serait-il pas un peu brouillé?
La
superposition des réglementations européenne
et nationale ajoute de la complexité à la
complexité. Entre le bio, la biodynamie, l'agriculture
raisonnée, le credo des AOC, il est plus facile de
se perdre que de s'y retrouver.
10)
Le vin bio est-il meilleur ?
Hélas
non. L'agriculture biologique ne fait pas de miracle. Un
mauvais terroir et un climat n'ont jamais produit un bon
vin.
|