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Photo: B.I.V.B

Le vin bio est-il meilleur ?
par Pascal Baudoin - Amabilia.com -

Quelques 1 200 vignerons élaborent des vins issus de raisins de l'agriculture biologique. Certains veulent aller plus loin.

En 2004, on compte quelque 1 200 viticulteurs "bio" en France. Ils n'étaient qu'une dizaine en 1980. En 2001, les surfaces cultivées (et en cours de conversion) représentaient - cumulées - à peu près 13 200 hectares. Sur les trois premières marches du podium des régions françaises: le Languedoc-Roussillon, la Provence, l'Aquitaine.
Le bio s'inscrit dans l'air du temps. Au même titre que

l'anti-mondialisation ou le terroir, la citoyenneté et la consommation éthique. C'est tendance. Mais est-ce meilleur? Dix questions, dix réponses.

1) Qu'est-ce qu'un vin bio ?

Le vin bio n'existe pas. C'est l'agriculture qui est biologique. Le vin est donc issu de raisins de l'agriculture biologique. Car le règlement européen 2092/91 du conseil du 24 juin 1991 concernant le mode de production biologique de produits agricoles et les denrées alimentaires ne s'applique pas au vin. Le cahier des charges s'est arrêté aux portes du chai, ignorant la vinification.

2) Qu'est-ce qu'une vigne bio ?

La viticulture n'est pas épargnée par les excès du productivisme. Les sols sont saturés de potasse et d'azote. Les vignes vivent souvent sous cloche chimique: fongicides, insecticides. Les agrobiologistes, eux, utilisent exclusivement des produits exempts de molécules chimiques de synthèse, préférant les matières premières d'origine naturelle (engrais verts comme le seigle ou le trèfle, composts, cuivre, soufre, insecticides d'origine végétale, algues marines). Désherbées mécaniquement, les vignes bio s'identifient à la petite verdure qui stabilise et structure le sol entre les rangs.

3) Et la biodynamie ?

Quelques vignerons se convertissent à une forme radicale d'agriculture biologique, la biodynamie qui se fonde sur des idées de Rudolf Steiner, un philosophe, médecin, agronome autrichien de la fin du XIXe. La biodynamie s'appuie sur les influences astrales, prend en compte le rythme de la nature, autorise des préparations végétales de type homéopathique visant à rééquilibrer et à revitaliser le végétal plutôt qu'à le soigner. Quelques-uns des plus grands vins sont produits selon ces méthodes. Et ces vignerons, parfois très pointus, sont souvent les plus primés.

4) Mais en cas de maladies de la vigne ?

La viticulture bio n'interdit pas de traiter. Ni le mildiou avec de faibles doses de sulfate de cuivre (et des tisanes d'osier et de saule, parfois); ni l'oïdium avec du soufre naturel. Les
insecticides sont biologiques et les viticulteurs utilisent la méthode subtile de confusion sexuelle (leurre de phéromone) pour éviter aux insectes de se reproduire et d'envahir le vignoble.

5) Peut-on espérer un cahier des charges de vinification en agriculture biologique ?

La région Languedoc-Roussillon sera l'une des premières à mettre en œuvre une charte de droit privé, établissant les règles pour la vinification, la conservation et le conditionnement de la filière bio. L'objectif de la fédération nationale interprofessionnelle des vins de l'agriculture biologique (FNIVAB) est de l'inclure, à terme, dans le règlement européen. Concrètement, cette charte limite strictement les produits et les pratiques autorisés sur moût et sur le vin. Pour le SO2, le cahier des charges de la FNIVAB prévoit de diviser les doses maximales autorisées par deux. Plusieurs points restent à discuter: les bouchons bio, la traçabilité…

6) Quels sont les dangers du soufre et du cuivre?

L'utilisation de produits naturels comme le cuivre a eu des effets désastreux sur les sols. Mais aucune étude n'a été réalisée à ce jour pour démontrer qu'une corrélation pouvait s'établir entre cuivre et toxicité sur l'environnement et sur l'homme. Le lien entre le soufre et le mal à la tête n'a jamais été scientifiquement prouvé. La cause majeure de la "casquette" est l'excès d'alcool.

7) Les vins sont-ils filtrés? Collés? Chaptalisés?

Le cahier des charges de la FNIVAB n'interdit pas ces pratiques. Les vins peuvent être clarifiés par collage à l'œuf. Si l'œuf est bio. Le vigneron peut chaptaliser. Si la saccharose est certifiée bio.

8) Comment reconnaît-on un vin issu de l'agriculture biologique?

Une seconde étiquette ou une contre-étiquette porte la mention "vin issu de l'agriculture biologique". C'est la seule mention légale en France. Même le logo AB (Agriculture Biologique) qui est un identifiant fort pour le consommateur est interdit.

9) Le message du bio ne serait-il pas un peu brouillé?

La superposition des réglementations européenne et nationale ajoute de la complexité à la complexité. Entre le bio, la biodynamie, l'agriculture raisonnée, le credo des AOC, il est plus facile de se perdre que de s'y retrouver.

10) Le vin bio est-il meilleur ?

Hélas non. L'agriculture biologique ne fait pas de miracle. Un mauvais terroir et un climat n'ont jamais produit un bon vin.

 
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