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Non, la physique quantique ne s’est pas (encore) invitée au Salon des Vins et Spiritueux de Montréal, bien que des fois on se pose la question, en lisant certaines fiches techniques de vinification; ou même en abordant la vitification en biodynamie. Les technologies sont descendues dans les caves !
Mais bref, ce n’est certainement pas le propos de ma chronique. Le clin d’œil dans le titre, vous l’avez deviné, faisant référence plutôt à la relativité de la formule (d’impolitesse, bien entendu). Celle de faire l’exercice du dégustateur, amateur, iconoclaste dans le cadre du SVSM.

Dégustateur, il faut le dire vite

Oui, j’ai fait cela consciencieusement les deux premiers jours (sur les quatre) du Salon. À tort ou à raison, je n’y suis pas allé la fin de semaine. J’ai voulu imiter les pros et ai tout recraché, mais vraiment tout. C’est dur, très dur. J’ai pris des notes dans les règles de l’art, avec mon petit calepin à spirale et mes questions outrecuidantes. Il y a aussi la question existentielle qui me tarabuste tout le temps. Pourquoi les kiosques proposant ces rouges d’une concentration d’encre qui vous transforment les palettes d’en avant en patient irrémédiablement incurable à toute forme de blanchissement dentaire sont-ils tenus par de si sympathiques hôtesses au sourire éclatant? Elles n’en boivent jamais, elles, des vins qu’elles proposent si gentiment?
Dégustateur, en fait, j’ai bonnement «formalisé» ce que je fais depuis (au moins) 20 ans à parcourir divers salons du genre pour mon simple plaisir… Et ce n’est pas un mince exercice, du moins pas dans l’environnement du SVSM ou de tout autre salon similaire, ma foi. Bruits (restons polis), odeurs (de la décence sur les écrans je vous prie), foule (pleine de coudes, armes de verre en main), minuscule coin de comptoir pour poser calepin-verre à dégustation-verre à eau-baguette, debout sur une patte façon volatile rose. C’est épuisant de concentration et c’est long. Puis, il y a la saturation, malgré les pauses, le rinçage de bouche, le pain et ma besace dont le minutieux contenu est dûment révélé plus loin. Alors, en deux jours on ne déguste que peu finalement.

Amateur

Vous l’aviez déjà compris, la dégustation n’est pas mon métier. J’aime le vin, j’en bois depuis quelques décennies, à presque tous les repas. J’entretiens diverses caves par-ci par-là. J’ai déjà couru religieusement les enchères. Je lis toujours, en apprend tous les jours et écoute, des fois patiemment, les histoires et anecdotes des professionnels du vin que je croise. Un amateur quoi.

Iconoclaste, certainement !

D’abord parce que j’aime (et je consomme) autant le vin que le cigare, mais presque jamais ensemble, on y reviendra. Ce n’est certainement pas la norme, ni la mode, ni politiquement correct, dans les écoles de pensée (et de conduite) de la dégustation oenologique. Ensuite, parce que j’ai voulu aborder les vins dégustés comme prélude, une mise en bouche quoi (je sens que les égos se froissent), au(x) cigare(s) qui suivent les repas.
Cela donne un tableau avec au final six groupes dont la somme est supérieure à l’arithmétique addition (physique quantique, j’vous l’disais bien!) des parties:

-Les vins blancs-PAS-de-cigares-après-NI-pendant-d’ailleurs
-Les rouges idem
-Les (rarissimes) vins blancs-propices-aux-cigares-après
-Les (plus nombreux) rouges idem
-Les vins blancs ou rouges-cigares-en-même-temps
-Les spiritueux-avec-leur-choix-ABSOLUMENT-de-cigares-appariés

La loi de Pareto, voire plus, s’applique encore une fois. La grande majorité des vins s’accommodent fort mal du cigare, du moins pas en même temps. Ce sont deux plaisirs parallèles et subséquents, avec pour ma part une séquence vins d’abord, cigares ensuite (da! Ça paraît évident comme cela, mais j’ai déjà croisé des amateurs de la séquence inverse). J’entends déjà crier la plupart de mes amis et accointances fumeurs de cigares et certains journalistes professionnels qui combinent les deux dans leur rubrique des goûts et des couleurs (qui se discutent toujours avec moult controverses).

Iconoclaste, finalement, car tout ce temps-là, je me promenais baluchon en bandoulière, avec, dans des contenants différents tout de même, grains de café Blue Mountain jamaïquain et Kona hawaïen, gousses de vanille bourbon de Madagascar et de Nouvelle-Guinée, pastilles de chocolat Valhrona 85% , 3 truffes fraîches et une mandoline pour leur conter fleurette, de la réglisse pure, 3 cigares de terroirs distincts (Cuba, Nicaragua, République Dominicaine) coupés, arrangés pour fumer à cru (c’est à dire non allumés), un portefeuille de cuir pleine peau, neuf il va sans dire. Surtout, ne pas perdre ses repères olfactifs et rétro-naseaux, surtout! Et puis, je sais (pas la peine de me le dire en criant), il manquait les écorces d’agrumes, le bouquet de fleurs blanches, les biscuits Petit Lu au beurre, etc.

Imagination et expérimentation

Bon, c’est bien beau cette histoire de séquence vins-cigares, mais ça reste un exercice de style, avec beaucoup d’imagination et un peu d’expérimentation. De l’imagination en masse, car même pour les accords concomitants, difficile de se réfugier dans les salles de bain du Palais des Congrès avec son porto ou son scotch coup-de-cœur et d’allumer son robusto fétiche. Expérimentation, statistiquement non valide, car deux soirs ne représentent pas un échantillonnage suffisant… Tout de même, les arômes de torréfaction et de cuir des vins dégustés en après-midi m’ont agréablement hanté toute la soirée en se rappelant à mon souvenir entre les volutes de cigares.

M’enfin et les vins, nom d’un foudre frelaté des Hospices, ça vient? Voilà, voilà, on y arrive (prenez donc un p’tit verre, ça calme).

87 accords vins/cigares

Pêle-mêle, c’est voulu. Quelques statistiques: le tableau commente 87 produits, sur les 2 000 disponibles au Salon, dont 36 importations privées sur les 1 000 disponibles. Tous les vins dégustés n’y figurent pas, certains par intérêt mitigé, d’autres par absence de commentaires pertinents.

J’espère que vous ne m’avez pas trop pris au sérieux, moi non plus, mais je me suis régalé, à déguster tous ces vins et surtout à vous en parler. Santé!

 
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