Vendredi 24 février 2006
Des étoiles et quelques diamants
La barre était haute hier soir en arrivant au restaurant Nuances du Casino de Montréal. Le chef Jean-Pierre Curtat recevait le chef Nicolas Stamm du restaurant La Fourchette des Ducs à Obernai, en Alsace. Un restaurant Cinq Diamants qui reçoit le chef d’un restaurant Deux Étoiles (le plus jeune chef étoilé de France), il y a des attentes…

Nous avons été acueillis par une liqueur de pomme verte de la distillerie Massenez. Déjà son arôme est subtil mais présent et en bouche, c’est une douceur tout en finesse.
Commençons avec la trilogie de mise en bouche: crevette rose marinée au soya, de la chair de crabe sur de la guacamole et une tomate-cerise caramélisée. Bien équilibrés, ça promet…
Les vins ont tous été bien choisis et sont de grande qualité, des vins Alsaciens bien sûr sauf pour celui qui accompagnait le dessert mais nous n’en sommes pas encore là . Tout se décide à l’arrivée de cette poêlée de langoustines (fondantes) en consommé au gingembre. Et là , j’ai compris la différence - outre l’équilibre, les alliances de saveurs, le mariage des textures, la justesse du goût - entre un chef et un chef “2 étoiles”, tout est dans les détails, dans ces “petits tous” qui parfois sont justifiés et d’autres fois le sont moins. Un exemple: Une très mince tranche de courgette suivait la courbe de la langoustine, au goût, la différence est infinitésimale. Ou encore ces filaments de courge frits posés délicatement sur une Saint-Jacques. Mais voilà , c’est beau et oui, c’est bon, très bon même.

Revenons à notre menu de 6 services (sans compter les trois petites douceurs et les ”broutilles et chocolats”). A suivi cette émulsion de pommes de terre recouverte de truffe noire parsemée de fleur de sel et parfumée à l’huile de truffe. Une bouffée d’air truffé à plein nez, ennivrant! Et que dire de cette émulsion, un vrai nuage de pommes de terre…

Passons aux choses encore plus sérieuses. LE plat qui me laisse un souvenir (c’est bon signe conserver un souvenir): Pétoncles et compotée d’artichauts (aux morceaux de truffe), émulsion d’agrumes (oranges) et vanille. D’abord, la compotée d’artichauts avec la Saint-Jacques est sublime, et ajouter cette pointe d’agrumes à la vanille et vous avez là un bijou, une fusion en bouche parfaite. Oui, j’ose dire parfaite.

En crescendo, ce délicieux foie gras de canard poêlé aux lentilles du Puy, crème de lentilles. Une alliance connue mais là , maîtrise réussie, surtout que quelques juliennes de citron confit s’y sont faufilées, balançant le gras du foie. Et cette cuisson! Très bien pris à l’extérieur, cru en son intérieur, le foie éclate en bouche et déploie son charme. Avec un excellent Tokay Pinot Gris, Grand Cru Vorbourg, Dopff & Irion, 2001. Je n’ajoute rien, vous savez tout maintenant.

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Les trois petits douceurs qui précédaient le dessert étaient un verre de mangue-kiwi-passion dans une infusion de verveine et une petite quenelle de sorbet au litchi. Un ravissement. Un autre contenait une crème brûlée, vanille-ananas et sa mousse de sucre de canne. Bon. Et un très commun Strudel pomme-cannelle. Â
Et la finale. Dessert: Gelée de moka et ganache moelleuse au chocolat (entre les deux, une fine galette caramélisée), caramel mou. Une symbiose onctueuse, une ganache légère, tout est bien qui finit très bien.  |
Dépêchez-vous de réserver, vous ne retrouverez cette grande cuisine que si vous vous rendez en Alsace, il reste encore quelques places aujourd’hui: (514) 392-2708 ou 1 800 665-2274, poste 2708 (95 $ par personne, palette de vins: 65 $ par personne. Taxes et pourboires en sus)
Les photos sont belles, n’est-ce pas? Elles sont du sympathique photographe du Casino, Pierre Villeneuve. Je ne pouvais pas les refuser…
Sur la première photo: Celui qui le temps d’une pose fait le serveur est le Chef exécutif du Casino, Jean-Pierre Curtat, donc vous déduisez que celui qui cache son jean sous son tablier de sérieux cuisinier est Nicolas Stamm. Je vous laisse deviner qui des deux autres sont mon frère et moi…





