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Istanbul dernière

Mon, Jul 13, 2009

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Istanbul dernière

Nous terminons enfin notre tournage. Le cadreur a survécu à une insolation, le fixeur (traduction : arrangeur-de-problème-professionnel-qui-vit- sur-place-et-qui-sauve-tous-les-coups) est sur les rotules, quant à moi, je rapporte une belle petite infection dans mes poumons. Mais tout est en boîte et surtout on en a pris plein les mirettes… Quant à nos préjugés, ils ont fini d’être balayés.

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Ainsi les Turcs ne rêvent pas d’Europe, ils sont même 64% à être contre. Mais plus on s’éloigne d’Istanbul et plus ce pourcentage diminue. En effet, plus on  s’enfonce dans le pays et plus les gens voient en l’Europe une perspective d’égalité.
Un gardien de parking me disait: “On ne veut pas être dans votre Europe. Nous, on a du gaz, du pétrole, de l’agriculture. Et vous, en Europe, vous n’avez plus rien, vous allez crever…. Alors que nous, on commence tout juste à s’épanouir. Le futur est ici.” J’ai souri et répondu qu’alors, je viendrai peut-être vivre chez lui.
Mais a-t-il totalement tort?
Ici, les gens communiquent très facilement même s’ils ne parlent pas anglais. Et en la matière, je dois avouer que la caméra joue un rôle d’attraction assez irrésistible. Ainsi, nous voilà à Edırne à manger du foie à l’albanaıse (une spécialité de foie de boeuf frit aux oignons: delicious!) et le patron vient à notre table. Il palabre avec Jérôme, notre fixeur, qui finit par traduire très précisément (c’est une de ses grandes qualités de ne jamais perdre l’esprit de l’interlocuteur en cours de route):
“-Le monsieur se propose de répondre à toutes les questions que vous pourriez avoır sur la ville, le pays, les Turcs et en particulier, le foie à l’albanaise qui est sa grande spécialité. Une recette qu’il a réussi à faire connaître de la Hollande à la Malaisie en passant par la France. Alors que souhaitez-vous lui demander?”
Evidemment, nous restons un peu perplexes car nous sentons que nous nous devons de demander quelque chose. Ouı mais quoi?
et puis la question piège fuse:
“Puisque nous parlons de l’architecte Sinan*, demande lui s’il est Arménien comme certains semblent le dire ou Turc ou Grec?”
Ni une ni deux, notre restaurateur de foie appelle un de ses meilleurs amis universitaires qui quelques minutes après nous lisait une thèse “universitaire” par téléphone attestant qu’il y a 70 ans, dans le plus grand secret, on avait déterré le crâne de Sinan pour le mesurer… et conclusıon: “selon la taille de son crâne, il est le reflet parfait de la population turque, c’est bien un des nôtres.”
Un moment surréaliste comme il ne semble en exister qu’ici.
Ici où les chauffeurs de taxi n’hésitent pas à enlever un panneau de sens interdit qu’ils trouvent inapproprié. Ici où on conduit de manière tellement romanesque que l’on préfère se contenter de comptabiliser les morts sur la route et non pas ceux qui succombent quelques heures après à l’hôpital. Ici où on vous offre un thé parce que l’on a aimé votre sourire. Ici où tout se négocie et rien ne se refuse, pour peu qu’on ait la patience de parler plus longtemps que son interlocuteur. Ici où on vous fait des cadeaux à longueur de temps pour vous porter bonheur. Mais cette atmosphère toute particulière est probablement lié à un autre phénomène. Il semblerait qu’il y a ait 70% de chance que dans les années à venir, on assiste à un tremblement de terre d’amplitude 7 à l’échelle de Richter, à quelques dizaines de kilomètres d’Istanbul… Une épée de Damoclès qui se balance au-dessus de la tête de chaque istanbuliote et qui lui donne une furieuse envie de vivre le présent.
D’ailleurs le taux d’insécurité de la vılle est un des plus bas d’europe. Trop occupés à être heureux, peut-être n’ont-ils pas le temps de penser à mal ?!

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Mais caméra ou pas, les moments d’humanité sont nombreux. Ainsi, je suis assise à l’ombre pour reprendre un peu de force avec les 40 degrés ambiants. Une famille turque est attablée à quelques mètres. Naturellement, elle m’invite à me joindre à elle. Il y a deux trois adolescentes (magnifiques) qui parlent quelques mots d’anglais et soudain, me voilà au coeur de cette famille qui me raconte qui elle est, tout en m’offrant du thé. Les petites filles ne cessent de me dire “eyes beautiful” alors que ce sont elles qui sont à croquer. La famille vient d’Anatolie. Il y a un couple de gendarmes et le reste sont des femmes au foyer qui s’occupent de leurs enfants. On a passé une demi heure ensembl,e juste pour le bonheur de partager. Tout cela s’est terminé en séance de photo souvenir et échange de mail. Un moment doux où une fois de plus, au delà de la barrière de la langue, de la culture et de la religion, il a été si agréable de partager un thé ensemble. Des habitudes totalement oubliées en France et en particulier à Paris.

*Architecte ottoman incontournable, contemporain de Michelangelo.

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Katia Chapoutier - a ecrit 60 messages sur Ma vie parisienne par Katia Chapoutier.


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12 Commentaires dans cet article

  1. DoM ecrit:

    Merci Katia pour tous ces chouettes articles!!
    J’espère te lire encore longtemps!!

    DoM.

  2. mae ecrit:

    Vos commentaires me rappellent les exquis moments passés lors de notre séjour à Istamboul en 1998, lors de la finale de la coupe du Monde. Sur un bateau qui traversait le bosphore, un homme nous a entendu parler français et nous a dit qu’il pensait que la France perdrait contre le Bresil le soir-même. Bien entendu nous avons dit que non, et il nous a suggéré de venir voir le match sur la terrasse de son hôtel et qu’il nous offrirait une bouteille de champagne si notre équipe gagnait. L’effet du champagne avec Sainte Sophie sous les yeux, c’était du pur bonheur!

  3. Francine Boisvert ecrit:

    Belle occasion pour moi de vous dire :

    Bonne fête nationale, Françaises et Français !

    Mais en plus j’adore ton humour ton style et surtout les informations que tu nous fais connaître lors de tes tournages, tes blogues fantastiques.
    Merci
    Francine

  4. Julien Leimdorfer ecrit:

    J’ai hâte de le voir ce reportage.
    Et maintenant, de goûter au foie à l’Albanaise.
    Merci pour ces récits de voyages.
    Prochain papier sur les hostos parisiens?

  5. Stephane Ribeiro ecrit:

    C’est étonnant, tes reportages donnent faimL. Accessoirement, ils font aussi aimer la Turquie qui finalement ne serait pas cet obscur espace entre Midnight Express et un Kebab trop gras… Ca donnerait presque envie de les faire entrer dans l’Europe, juste pour embêter notre président-empereur…

  6. Laure Vincent ecrit:

    cela me donne une envie folle et irrésistible de reboire un thé rapidement avec toi…… et avec le monde entier….

  7. Matthieu Chapoutier ecrit:

    Si j’avais su… Il faut que je trouve un moyen d’aller en Turquie!

  8. Fanny Calhau ecrit:

    Je te lis, et mon imagination te suit.
    Un voyage immobile de quelques minutes, rempli de couleurs, de parfums, de visages, de lumières… Et de rencontres. Surtout, des rencontres.
    De Paris, d’Istanbul, de Cannes ou d’ailleurs, tu m’as conté des histoires qui font sourire, rêver, réfléchir aussi. Certaines ont attisé ma curiosité, d’autres m’ont profondément émue…
    Ton écriture généreuse, enthousiaste, et chargée d’humour est à ton image.
    Je suis fan.
    Encore, Katia ! Encore !

  9. Emmy Convert ecrit:

    Wow c’est incroyable qu’un pays aussi pres de la france soit aussi différent. Grace a vous beaucoup de choses devoilent un autre coté. J’espere que je pourrais continuer a vous lire encore longtemps, d’ailleurs vous ecrivez d’une maniere tres agreable. Je vous remercie de m’apprendre tant de choses.

  10. Pauline Vermare ecrit:

    Bravo et merci Katia pour toutes ces pepites, ca fait un bien fou de suivre tes aventures au bout du monde…
    On en veut toujours plus!!
    Pauline

  11. Kit Thomas ecrit:

    Géniale ta série sur Istanbul! La ville sous toutes les coutures avec des tonnes d’anecdotes!

  12. Jacques Laurent ecrit:

    Elles avaient raison ces petites filles : your eyes are beautiful!

    Merci pour ce petit voyage qui m’a rappelé tant de souvenirs!

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