Ah les bains de Budapest…. Vous verrez c’est formidable, extraordinaire, bla, bla, bla, bla…. Mais personne ne vous dit comment cela marche. Ni les gens qui y sont allés, ni les guides. Résultat, vous faites partie de la bande d’abrutis de touristes, totalement perdus dans le hall à essayer de comprendre les subtilités des billets d’entrées.
Personne ne comprend, personne ne sait et comme personne ne parle la même langue, personne ne peut s’entre aider. Et ce n’est sûrement pas les caissières bouledogues qui vont vous éclairer.
Vous vous retrouvez délesté de 5000 forints sans en savoir plus. Avec en main une carte magnétique, un ticket de caisse et votre tête d’ahuri. Vous passez alors un tourniquet comme chez Disney. Sauf que chez Disney, quoiqu’on en dise, on sait où on va, pour quoi y faire et comment le faire. Aux bains, les employés ont un seul objectif : vous faire circuler et en hongrois je vous prie !
Du coup, tout devient compliqué. Où se changer, comment avoir un casier, savoir ce que l’on a le droit de faire ou de ne pas faire…
Finalement en désespoir de cause, il reste un option : suivre une personne du troisième âge, du même sexe et surtout du coin. D’un âge mûre, elle n’y verra aucune avance sensuelle et habituée des lieux, les us et coutumes n’ont pas de secret pour elle.
Fin limiers, nous avions choisi les bains plus réputés, les plus touristiques, les plus mythiques. On s’était dit que ce serait plus pratique. Et bien en fin de compte : pratique, non. Bondés, oui !
C’est donc passablement exaspérée, que l’on arrive du côté des thermes. Et c’est en marmonnant intérieurement mais néanmoins fermement que l’on pénètre dans un bassin…à 38°.
Et là , au fil des marches, gagné par un sentiment délicieux, on ramollit. Une fois la tête sous la petite cascade, on rend les armes, on se laisse aller.
Et c’est avec un air béat que l’on se demande pourquoi on s’est finalement donc tant énervé.
Retour aux sources, on a l’impression d’un sentiment de plénitude qu’on a déjà connu, il y a si longtemps… à bien y réfléchir cela devait être dans le ventre de maman…
On passe du hammam aux différents bains, dans un état de liquéfaction fort agréable.
Il ne manquerait plus qu’un petit massage pour mourir d’extase, mais pour cela il aurait fallu lire les inscriptions en hongrois pour savoir qu’il fallait garder 2500 forints (10 euros) pour ce bonheur supplémentaire.
Après les bulles, les cascades, les vapeurs, les brasses, les douches, on vous tend un drap en coton et c’est tellement agréable que l’on serait partant pour le parcours du combattant chaque jour. Juste pour ce doux sentiment de plénitude.
Histoire de fêter cette bien belle tradition hongroise, nous sommes passés à la suivante : le Tokay. Vin local dont la réputation n’est plus à faire. Mais la notre, en revanche, encore à perdre. En effet, quelle naïveté de consommer un verre de ce doux nectar après un passage aux bains. Si votre cerveau était le seul organe non liquéfié et bien là c’est sûr, il est totalement déconnecté et les jambes avec. On rêve alors de sortir du restaurant pour s’effondrer dans son lit…
Heureusement, il restait encore une nuit chez Mamie. Le lendemain, il n’y paraissait plus. Il n’y avait alors plus qu’une chose à faire avant de quitter la ville.
Prendre une photo de Mamie. Et mine de rien, ce n’était pas gagné.
Sur le pont depuis 7 heures du matin, elle avait un ordre établi extrêmement précis. Un, nous mettre dehors. Deux, faire le ménage. Trois, accueillir les nouveaux pensionnaires.
A la seconde, où nous avons ouvert un œil, mis un pied au sol, elle nous annonçait déjà l’horaire à ne pas dépasser. Il était huit heures. Nous devions être dehors à dix. Entre temps, telle une abeille prise au piège sous une cloche à fromage, elle faisait des allers-retours incessants de la cuisine à notre chambre. Si elle avait pu faire nos sacs, les jeter par la fenêtre et nous avec, elle ne s’en serait pas privée.
Une fois la voiture chargée, alors qu’elle pensait voir le bout du tunnel, nous avons osé lui demander l’impossible. 30 secondes de plus pour la photo souvenir. A deux doigts de craquer, elle a finalement accepté. Et c’est fermement qu’elle nous a dirigés vers notre (ex) chambre.
Et puis comme intimidée par l’objectif, elle a mis une main sur mon épaule. La photo était floue mais peu importe, elle n’avait pas que cela à faire….

Cette dernière mission accomplie, direction le lac Balaton. La destination estivale préférée des hongrois et, pour nous, un arrêt idéal avant la Croatie.
Nous voilà donc en route sur l’autoroute, les cheveux au vent. Non pas parce que nous avons une décapotable mais simplement parce que notre lessive devait sécher. Un système tout à fait efficace.
Au loin, le lac semblait turquoise, sublime, lisse, immense. Un peu comme un rêve. Une fois rendus à la première station balnéaire. L’horreur ! Des hordes de touristes hongrois et allemands. Ils étaient des centaines, des milliers, des millions. Enfin, c’était tout comme. Des familles entières se télescopaient pour acheter des souvenirs. Au choix, la vilaine poterie estampillée Lac Balaton ou bien le Paprika. Et oui en Provence, on a les sachets de lavande. Ici c’est le poivron. En version séché ou en version sachet.

Mais l’analogie avec le sud de la France ne s’arrête pas là . En effet, comme sur certains coins de la Méditerranée, les promoteurs avides, pressés et bien trop cupides ont torpillé un décor somptueux en construisant vite et n’importe comment. Sans aucune considération pour le lieu, ni les gens et avec un seul maître : le profit. Et bien là , c’est exactement la même chose. Presque pire.
Alors au lieu d’y passer une nuit comme prévu, nous avons fuit vers la station thermale Heviz. On y trouve le deuxième plus grand lac thermal au monde, le premier étant, parait-il, en Nouvelle Zélande. Ici, l’eau est à 24° l’hiver et à 33° l’été. Une eau évidemment miraculeuse que nous avons bien hâte d’expérimenter.
La ville est remplie de curistes d’un certain âge, voire d’un âge certain, mais l’atmosphère y est plutôt agréable. Nous avons trouvé un petit hôtel charmant et très abordable.
Mais n’oublions pas que nous avons acheté une tente en partant de Paris, et tente il faudra essayer. Un spectre que j’ai, pour l’instant, réussi à repousser jusqu’à la Croatie. Affaire à suivre…