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6 Juillet 2006

L’initiation

Mardi, 4 juillet, 23:18, Bukittinggi, Indonesie. Waw ! Vous ne pouvez pas imaginer ce que les journees sont riches en Indonesie (et elles sont bien les seules a l’etre, d’ailleurs). En 72 h, on a cesse d’etre des touristes pour devenir des voyageurs. Un parcour initiatique au terme duquel on a pas mal muri. On savait Singapour tres occidentalise. On pensait que ce pourrait etre une bonne transition vers le monde asiatique. Le probleme, c’est que Singapour est plus occidentalise que l’occident… et qu’a quelques kilometres de la, c’est la zone totale.

Je vous avais quitte sur le ferry nous menant a Sekupang, petit port sur l’ile de Batam, sorte de sas d’entree vers l’Indonesie. Au terme de quelque 40 minutes de bateau, nous avons bascule dans une autre de dimension. Batam, c’est l’antithese de Singapour. Une sorte de no man’s land. Une ile qui a ete… et qui voudrait etre a nouveau. Un mix rate de l’occident et l’orient. Rien n’y existe vraiment. Vous n’avez que des ruines ou des chantiers. Vous avez surtout une population prise au piege par la perte d’interet touristique connue par l’Indonesie ces 10 dernieres annees et par la fermeture d’un casino qui brassait encore la foule il n’y a pas si longtemps.
Nous, naifs (et victimes du Routard), nous nous sommes retrouves bloques sur ce bout de terre jusqu’au lendemain matin (eh oui, les ferry ne quittent plus l’ile apres midi… vous avez dit piege a cons ?). A peine la douane indonesienne franchie, le choc fut d’autant plus terrible qu’il n’etait pas vraiment attendu. Outre la pauvrete et la pollution de l’ile ce fut la veritable cohue autour de nous, seuls Occidentaux a l’horizon, qui nous ebranla quelque peu.
Sur Batam, tout le monde a quelque chose a vendre et tout qui possede un vehicule est un taxi en puissance et ne se fatigue jamais de te le faire savoir a coup de klaxon. Ce ne fut pas si evident a gerer. Surtout que Nagoya, la ville ou nous avons loge, degage une odeur franchement nauseabonde et qu’il n’y a tout simplement rien a y faire. Rien… ou presque.

Dix minutes avant de plonger dans une premiere deprime, le hasard (ou le destin) nous a mene au devant d’un commerce affichant un appel du pied providentiel: “90 minutes de massage indonesien pour 90 000 Rp (soit… 9 euros)”. C’etait cher (eh oui !) mais nous avions besoin d’un traitement de choc. Et la, en 1h30, tout a change. La journee pourrie est devenue delicieuse. L’agressivite ambiante de la cite est devenue douceur.
D’autant que la receptionniste du salon a completement flashe sur Fred (c’est fou le succes qu’on a aupres de la gente feminine en Orient) et qu’on a ensuite ete recus comme des princes avec the et repas (des boulettes de boeuf bouillies) offerts par la maison.

On se croyait sorti d’enfer (euh… d’affaires) mais le vrai test allait seulement venir.

Le lendemain, leve 6h… euh, ouais, ok, 6h20, quoi. Direction ces foutus ferrys qui nous avaient rejetes la veille. Pour la premiere fois, on tente un marchandage. Succes ! 4 $ au lieu de 5 pour le taxi (cela dit, meme a ce prix-la, c’est nous qui nous sommes faits arnaquer). Au terminal, c’est la meme cohue que la veille mais cette fois, on est pret et detendu par les massages de la veille. Hop, guichet du Dumai Express. Hop, on paie la taxe. Hop, on embarque sans souci. On est fier. ca ne durera pas.
Sekupang - Pekenbaru devait nous prendre 4h de bateau puis 3 h de bus. Au final, nous sommes alles jusque Bukittinggi (a peine 200 km plus loin) mais cela nous a pris… 24 h !
24 h non-stop de voyage dans des conditions dantesques (voir photo). Enfin, quand je dis “non-stop”, j’exagere. Car il y a bien eu un stop. Et un fameux !


Dans le bus vers Pekenbaru. Note de confort à déterminer en fonction de ce que nous rencontrerons par la suite.

Je vous explique, je crois que ca va vous plaire (sauf a mes parents). Vers 23 h, nous ne sommes plus qu’a deux heures de route de notre destination. Nous sommes extenues mais ravis d’avoir franchi toutes ces etapes. Fiers de notre initiation au voyage. Soudain, le bus s’arrete dans un “ombaklintau” (ce qu’on pourrait appeler un resto-route chez nous). Ok, pourquoi pas, c’est typique apres tout. La ou ca s’est corse, c’est lorsque le bus est reparti… avec tous les bagages… mais sans ses passagers ! Surprenant, je vous assure. Tous nos compagnons d’infortune sont Indonesiens et rares sont ceux qui se debrouillent en anglais. “Ils sont partis pour faire un check-up du moteur”, essaie de nous expliquer Narta, le plus cool d’entre tous (c’est l’effet de la fraicheur Narta… hum). On essaie de le croire mais les minutes passent… et rien ne se passe. Il est maintenant 2h du mat’ et les Indonesiens pourtant d’un calme a toute epreuve commencent aussi a s’inquieter.
Moi, je vous l’avoue, j’etais tres nerveux. Il faut dire que je ne m’attendais pas vraiment a me retrouver apres 3 jours de voyage paume au milieu de la jungle en pleine nuit avec pour seul bagage mon sac banane… Donc, oui, je l’avoue, j’etais un peu tendu. Fred pas. Fred a tres vite adopte la mentalite indonesienne. Il est cool, Fred.
Finalement, apres 5 heures d’attente (sur les 2 dernieres heures, j’etais plus detendu… m’etant fait une raison), notre bus a reapparu avec tous nos bagages.


Le fameux resto-route où notre bus est tombé en passe

Nous sommes donc arrives a Bukittinggi a 6h du mat’ et, o grand bonheur, notre pote Narta s’est propose de nous heberger. Apres nos deux masseuses, il fut le troisieme ange gardien a nous sortir de l’enfer. Quelques heures (euh… minutes) de sommeil plus tard, nous avons partage du riz, des nouilles et des sardines au piment en guise de petit dejeuner (il etait 9h).
Apres avoir moult fois remercie notre hote (terima kassi…. en imdonesien), nous avons repris le bus vers le centre-ville ou nous sommes a present.

Bukittinggi, c’est pas beaucoup plus riche que Nagoya mais ca a franchement des allures de paradis.

Je vous raconte ca bientot…

5 Juillet 2006

Petit conseil (1)

Preferer les gens aux guides. Dimanche, en quittant Singapour, nous avons suivi les conseils du Guide du Routard pour rejoindre le terminal du ferry cense nous conduire sur l’ile de Batam d’ou nous allions rejoindre Sumatra. A l’entree du metro, un fonctionnaire singapourien a essaye de nous expliquer que ce n’etait pas le bon endroit. Nous avons fait confiance au Routard et nous l’avons eu dans l’os. Car le fonctionnaire avait raison. Resultat, on a perdu 2 heures dans les transports en commun et on est arrive a Batam en retard sur l’horaire prevu. Ce qui a eu des consequences plutot desagreables, comme vous pourrez le lire par ailleurs.

2 Juillet 2006

On a tue Mickey

Dimanche, 1er juillet, 10:15, Singapour, Singapour.
… srevne’l a stirce stom sreimerp sem iciov tE
Bon, comme c’est vous et que je vous aime bien, je vais faire un effort pour retourner mon ecriture et faciliter votre lecture. Et puis, en fait, j’ai pas vraiment la tete en bas ici puisque Singapour se situe plus ou moins sur l’equateur… Mon ecriture devrait donc plutot etre penchee. Mais on s’en passera.

Singapour… Depuis le temps que j’en parle (et qu’on m’en fait parler surtout), j’y suis enfin. Apres de tendres au revoir, tout en retenue. Apres avoir juste eu le temps de croiser, kisser et goodbyer mon amie Cindy de retour de Montreal. Apres 17 h de voyage en compagnie d’hotesses craignant manifestement une crampe des zygomatiques. Apres avoir franchi victorieusement la delicate epreuve de l’immigration singapourienne (sans billet retour, je pouvais me faire refouler a l’entree du pays… c’eut ete dommage). Apres avoir erre et transpire (j’vous dit pas le taux d’humidite) dans Singapour by night pour trouve une couche. Apres avoir hurle de terreur en voyant se dessiner la delicate silhouette d’Anne-Marie Lizin sur le premier poste de television que j’ai allume (eh oui, premiere nuit, on a encore le TV, rassurez-vous, cela ne va pas durer). Apres avoir assiste a l’elimination de l’Angleterre en sirotant une Stella au milieu d’un troupeau de p’tites Anglaises en jupette… Apres une vingtaines d’heures a l’autre bout du monde et deja une cinquantaine d’euros d’engloutis, nous voila, Fred et moi, assis a l’arriere d’un ferry nous menant bien loin de cette cite en carton-pate qu’est Singapour.

Singapour, c’est impressionant. C’est grand, c’est luxueux, c’est festif… mais sans charme et pas vraiment depaysant. On se croirait chez Mickey.
A l’heure ou j’ecris ces lignes, je peux vous dire qu’on a tue Mickey. Notre aventure, desormais, c’est plutot Ken, le Survivant de l’Enfer… Mais ca, c’est une autre histoire. Que je vous raconterai (si j’en suis toujours capable) en meme temps que j’intergrerai les premieres photos.

Prends garde Indonesie. Apres nous, tu ne seras plus la meme.

28 Juin 2006

Jeu, set, match…

Mercredi 28 juin, 16:41, Gedinne, Belgique. Dans 48 heures, pile, j’embarque pour l’aventure de ma vie… J’vous dis pas le stress ! Ben non, j’vous l’dis pas, tout simplement parce qu’il n’y en a pas.

Cela fait neuf mois que j’ai décidé ce départ. Neuf mois que je n’ai pas vu passer. Il faut dire qu’avec un boulot qui vous prend entre 10 et 12 heures par jour, on n’a pas souvent l’occasion de s’ennuyer ou de tergiverser. Mais tout au long de cette belle gestation, je me suis persuadé que la dernière semaine, celle où je ne travaillerais pas, celle où je rentrerais chez mes parents, celle des au revoir, serait aussi celle de l’émotion, du doute, de la peur… Broquette ! Je suis à 48 heures du départ et je suis en train d’émerger après avoir somnolé une partie de l’après-midi devant un reportage cycliste sur Arte… C’était plein d’émotion, certes, mais pas la mienne.

De dimanche à mardi, j’ai fait ma tournée d’adieu. Comme Agassi, qui vient de commencer la sienne à Wimbledon, mais en plus rapide. Mon Grand Chelem à moi n’a compté que trois étapes : Ath, Liège et Charleroi. C’était bien. Festif, mais pas trop. Triste, mais pas trop. J’ai même pas pleuré. Pas en public en tout cas… Ces derniers moments passés avec Rodrigue, Etienne, Quanah, Méla, François, Lulu, Marine, Karl… étaient très importants pour moi. Ils furent simples et sans éclats et c’est sans doute aussi pour ça que je suis toujours aussi calme et serein dans la dernière ligne droite. J’ai senti qu’ils allaient me manquer. Fort. J’ai ressenti la chance que j’avais de les connaître. Merci à eux. Jeu, set, match, rideau.

Demain, ce sera le dernier jour. J’aurai encore des broles administratifs à régler pour avoir le droit de voter en octobre, j’irai chercher mes premiers dollars, je commencerai à choisir les quelques vêtements qui m’accompagneront toute l’année… Va s’agir de pas s’planter sur ce coup-là…

J’ai envie de profiter doublement de ces derniers moments ici avant longtemps mais je n’y arrive pas. Et comme je ne suis pas du genre à me forcer à ce niveau-là…

Tic tac, ti tac… 17:00… merde, y a pas de foot aujourd’hui…

Je crois que je suis prêt. On se retrouve quand j’aurai la tête en bas ?

22 Juin 2006

Les heures s’écoulent… comme si de rien était

Vendredi 22 juin, 15:37, Huy, Belgique. Je suis claqué. Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit. Assis devant mon PC, j’inaugure ce nouveau jouet. Je suis censé bosser, je sais, mais la journaliste qui va occuper mon poste pendant les 12 prochains mois est déjà de service. Je la laisse donc se familiariser avec son nouveau joujou à elle.

Pour moi, le boulot s’arrête demain. Pour un an, en tout cas. Et dans 8 jours, c’est ma vie telle que je l’ai toujours connue qui va s’arrêter d’un coup. Dans quelque 170 heures, mon avion à destination de Singapour décollera. Si tout va bien, je ne reverrai plus ma pluvieuse patrie avant un sacré bon bout de temps. Il était temps…


Liège, Belgique

Attention, je n’ai rien contre la Belgique. Au contraire. Ce pays m’éclate et la vie que j’y mène est franchement cool (je crois). Mais voilà… Le temps passe vite. Très vite. Les heures s’écoulent comme si de rien était… A chacune d’elle, on est un peu plus vieux. Et j’ai ce désagréable sentiment que plus le temps passe, plus il passe rapidement. C’est essentiellement pour ça que j’ai décidé de partir (je crois). Ce voyage est une tentative comme une autre de freiner le cours de la vie. On verra ce que cela donne…

Au début, quand j’ai pris ma décision (c’était en septembre dernier), je devais partir seul. Aujourd’hui, c’est déjà nettement moins le cas. Vendredi, j’embarquerai sur le vol TK1940 de Turkish Airlines à destination de Singapour, via Istambul, en compagnie de mon pote Fred… Fred est journaliste, comme moi, et il m’accompagnera pendant le premier mois de mon périple. Ensuite, le jour de son départ, ma petite soeur et mon amoureuse me rejoindront. La première restera trois semaines, la seconde… 11 mois (je crois).

Bon… c’est pas tout ça mais je vous ai dit que j’étais claqué, moi… Et dans quelque 169 heures, j’ai un avion à prendre. C’est fou comme les heures s’écoulent vite, hein… ?