L’initiation
Mardi, 4 juillet, 23:18, Bukittinggi, Indonesie. Waw ! Vous ne pouvez pas imaginer ce que les journees sont riches en Indonesie (et elles sont bien les seules a l’etre, d’ailleurs). En 72 h, on a cesse d’etre des touristes pour devenir des voyageurs. Un parcour initiatique au terme duquel on a pas mal muri. On savait Singapour tres occidentalise. On pensait que ce pourrait etre une bonne transition vers le monde asiatique. Le probleme, c’est que Singapour est plus occidentalise que l’occident… et qu’a quelques kilometres de la, c’est la zone totale.
Je vous avais quitte sur le ferry nous menant a Sekupang, petit port sur l’ile de Batam, sorte de sas d’entree vers l’Indonesie. Au terme de quelque 40 minutes de bateau, nous avons bascule dans une autre de dimension. Batam, c’est l’antithese de Singapour. Une sorte de no man’s land. Une ile qui a ete… et qui voudrait etre a nouveau. Un mix rate de l’occident et l’orient. Rien n’y existe vraiment. Vous n’avez que des ruines ou des chantiers. Vous avez surtout une population prise au piege par la perte d’interet touristique connue par l’Indonesie ces 10 dernieres annees et par la fermeture d’un casino qui brassait encore la foule il n’y a pas si longtemps.
Nous, naifs (et victimes du Routard), nous nous sommes retrouves bloques sur ce bout de terre jusqu’au lendemain matin (eh oui, les ferry ne quittent plus l’ile apres midi… vous avez dit piege a cons ?). A peine la douane indonesienne franchie, le choc fut d’autant plus terrible qu’il n’etait pas vraiment attendu. Outre la pauvrete et la pollution de l’ile ce fut la veritable cohue autour de nous, seuls Occidentaux a l’horizon, qui nous ebranla quelque peu.
Sur Batam, tout le monde a quelque chose a vendre et tout qui possede un vehicule est un taxi en puissance et ne se fatigue jamais de te le faire savoir a coup de klaxon. Ce ne fut pas si evident a gerer. Surtout que Nagoya, la ville ou nous avons loge, degage une odeur franchement nauseabonde et qu’il n’y a tout simplement rien a y faire. Rien… ou presque.
Dix minutes avant de plonger dans une premiere deprime, le hasard (ou le destin) nous a mene au devant d’un commerce affichant un appel du pied providentiel: “90 minutes de massage indonesien pour 90 000 Rp (soit… 9 euros)”. C’etait cher (eh oui !) mais nous avions besoin d’un traitement de choc. Et la, en 1h30, tout a change. La journee pourrie est devenue delicieuse. L’agressivite ambiante de la cite est devenue douceur.
D’autant que la receptionniste du salon a completement flashe sur Fred (c’est fou le succes qu’on a aupres de la gente feminine en Orient) et qu’on a ensuite ete recus comme des princes avec the et repas (des boulettes de boeuf bouillies) offerts par la maison.
On se croyait sorti d’enfer (euh… d’affaires) mais le vrai test allait seulement venir.
Le lendemain, leve 6h… euh, ouais, ok, 6h20, quoi. Direction ces foutus ferrys qui nous avaient rejetes la veille. Pour la premiere fois, on tente un marchandage. Succes ! 4 $ au lieu de 5 pour le taxi (cela dit, meme a ce prix-la, c’est nous qui nous sommes faits arnaquer). Au terminal, c’est la meme cohue que la veille mais cette fois, on est pret et detendu par les massages de la veille. Hop, guichet du Dumai Express. Hop, on paie la taxe. Hop, on embarque sans souci. On est fier. ca ne durera pas.
Sekupang - Pekenbaru devait nous prendre 4h de bateau puis 3 h de bus. Au final, nous sommes alles jusque Bukittinggi (a peine 200 km plus loin) mais cela nous a pris… 24 h !
24 h non-stop de voyage dans des conditions dantesques (voir photo). Enfin, quand je dis “non-stop”, j’exagere. Car il y a bien eu un stop. Et un fameux !

Dans le bus vers Pekenbaru. Note de confort à déterminer en fonction de ce que nous rencontrerons par la suite.
Je vous explique, je crois que ca va vous plaire (sauf a mes parents). Vers 23 h, nous ne sommes plus qu’a deux heures de route de notre destination. Nous sommes extenues mais ravis d’avoir franchi toutes ces etapes. Fiers de notre initiation au voyage. Soudain, le bus s’arrete dans un “ombaklintau” (ce qu’on pourrait appeler un resto-route chez nous). Ok, pourquoi pas, c’est typique apres tout. La ou ca s’est corse, c’est lorsque le bus est reparti… avec tous les bagages… mais sans ses passagers ! Surprenant, je vous assure. Tous nos compagnons d’infortune sont Indonesiens et rares sont ceux qui se debrouillent en anglais. “Ils sont partis pour faire un check-up du moteur”, essaie de nous expliquer Narta, le plus cool d’entre tous (c’est l’effet de la fraicheur Narta… hum). On essaie de le croire mais les minutes passent… et rien ne se passe. Il est maintenant 2h du mat’ et les Indonesiens pourtant d’un calme a toute epreuve commencent aussi a s’inquieter.
Moi, je vous l’avoue, j’etais tres nerveux. Il faut dire que je ne m’attendais pas vraiment a me retrouver apres 3 jours de voyage paume au milieu de la jungle en pleine nuit avec pour seul bagage mon sac banane… Donc, oui, je l’avoue, j’etais un peu tendu. Fred pas. Fred a tres vite adopte la mentalite indonesienne. Il est cool, Fred.
Finalement, apres 5 heures d’attente (sur les 2 dernieres heures, j’etais plus detendu… m’etant fait une raison), notre bus a reapparu avec tous nos bagages.

Le fameux resto-route où notre bus est tombé en passe
Nous sommes donc arrives a Bukittinggi a 6h du mat’ et, o grand bonheur, notre pote Narta s’est propose de nous heberger. Apres nos deux masseuses, il fut le troisieme ange gardien a nous sortir de l’enfer. Quelques heures (euh… minutes) de sommeil plus tard, nous avons partage du riz, des nouilles et des sardines au piment en guise de petit dejeuner (il etait 9h).
Apres avoir moult fois remercie notre hote (terima kassi…. en imdonesien), nous avons repris le bus vers le centre-ville ou nous sommes a present.
Bukittinggi, c’est pas beaucoup plus riche que Nagoya mais ca a franchement des allures de paradis.
Je vous raconte ca bientot…
