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25 Juillet 2006

Si j’etais president…

Mardi 25 juillet 2006, 15:44, quartier de Jalan Jaksa, Jakarta, Indonesie. Et nous voici donc arrive a la capitale ! Un changement de cadre radical pour boucler cette premiere etape. Jakarta, c’est 23 millions d’habitants (quand meme !) pour une megapole globalement sans charme et sans histoire.Avant d’arriver ici, nous avons termine notre periple hors sentiers touristiques sur Sumatra par un passage a Bengkulu. La belle, propre et accueillante Bengkulu, completement ignoree (a tort) par le Guide du Routard. Bengkulu, avec ses grandes plages ou viennent s’ecraser d’enormes vagues, ce fut l’escale “remise en forme”. Avec pas mal de repos, un peu de farniente, quelques exercices physiques sur la plage et un jogging matinal. C’etait le pied.

bengkulu
Important de pouvoir se donner un peu de bon temps quelques fois…

On y a aussi fait la connaissance d’Ardandi. Une jeune gars de 32 ans que l’on aurait rencontre, selon lui, par la volonte unique et toute puissante de Dieu (rien que ca !). Eh ben Dieu, il a vachement bien fait les choses parce qu’il a ete tres cool, Ardandi. Passons le fait qu’il nous ait, par trois fois, invites a partager son repas, il nous a quand meme aussi servi de guide et nous a obtenu un billet d’avion pour Jakarta… moins cher que le bus (240 000 Rp au lieu de 250). Si c’est pas divin, ca ?!?

On a donc pris notre premier vol interne. Non, sans quelque apprehension, je l’avoue. Ben oui, pour aller jusqu’a Bengkulu, notre bus a encore connu 3 pannes et 2 pneus eclates… On avait franchement un peu peur de voir leurs avions. Mais ca allait. C’etait meme plutot bien. L’aeroport, par contre, etait aussi grand que… la gare de Dinant, personne n’y etait fouille a l’entree (alors que le detecteur de metal bipait sans cesse) et 5 ou 6 chiens se baladaient sur la piste d’atterrissage ! Quel beau pays, hein ?

pneu
Il est 6 heures du mat’, c’est notre 2ème pneu qui vient d’éclater. Restons zen!

Arrivee a Jakarta, donc, et son quartier routard : Jalan Jaksa. Une ruelle, le repere de tous les voyageurs du monde entier de passage dans la capitale. Ilot a part dans la ville, plein de vie, c’est un des seuls trucs interessant vus jusqu’a present a JKT.

Mais il faut que je vous raconte… il m’est arrive un truc hors du commun… Vraiment ! Pour mon premier jour a JKT, j’ai pris la place… allez, devinez… du president indonesien !

Oui, oui, je vois d’ici vos gros yeux tout rond mais c’est pourtant vrai.

Je vous explique. D’abord, je plante le decor. Apres une nuit blanche (saletes de moustiques et de coups de soleil), on prend tranquillement notre p’tit dej’ quand une dame, francaise, nous accoste. On papote et elle nous explique qu’elle va voir des danses traditionelles dans un parc. Ayant deja compris qu’il n’y avait pas un million de trucs a faire a JKT, on decide de l’accompagner. Ce qu’on ne savait pas, c’est que le parc etait en fait un parc d’attractions (Mini-Indonesia. C’est un peu comme Mini-Europe mais… fin vous avez compris) et que le 23 juillet, comme par hasard, c’est la Journee des Enfants en Indonesie. Resultat : un parc envahi d’enfants tous habilles pareil… mais aussi de policiers et de MP’s (eux aussi tous habilles pareil, mais eux, c’est normal). Pourquoi ? Ben parce que, pour l’occasion, le president himself avait decide de venir faire un tour dans le chateau de la Belle au Bois dormant (Ne me demandez pas ce que fout le chateau de Walt Disney au milieu de Mini-Indonesia, je me pose toujours la question…).

chateau
J’adore cette photo, tout simplement

Voila pour le decor. L’action, now. Fatigue, je me cache derriere mes lunettes de soleil et j’erre paisiblement dans les allees lorsque, d’un coup, je me rends compte que je suis sur le parcours du president… mais avant son passage. Pour garder un souvenir de tous ces enfants, je sors mon appareil photo et la… c’est l’emeute ! Les gosses accourent de partout pour etre sur la photo. Puis ils se mettent a crier, a agiter leur petit drapeau rouge et blanc (Standard champion !)… Je n’en revenais pas. Je ne vous dis pas l’euphorie declenchee quand j’ai lance un subtile “I love indonesia”…

enfants
“I’m not your president!”

J’essaye de filmer un peu mais je dois vite arreter, depasse par les evenements. Je commence a flipper. Ben oui, y a des flics partout et ils ne rigolent pas avec la securite ici. Je ne veux pas etre arrete comme fauteur de trouble… Tant bien que mal, je parviens donc a me degager… Mais tout va bien. Les forces de l’ordre sont mortes de rire. Comme moi.
J’ai donc joue le jeu jusqu’au bout et defile dans toute l’allee pendant une dizaine de minutes en recevant l’ovation de centaines d’enfants. C’etait incroyable. Inoubliable. Il n’y a vraiment qu’en Indonesie qu’il peut arriver des trucs pareils (ou bien il n’y a qu’a moi qu’il arrive des trucs pareils… faudra que je pense a verifier).

Enfin voila. Avec tout ca, on n’a pas vu une seule danse indonesienne (pendant mon defile, Fred et Francoise-la-Francaise se sont fait inviter a un mariage dans le parc ! Quel pays…). Depuis, j’ai retrouve le bonheur de l’anonymat dans Jalan Jaksa et je ne m’en porte pas plus mal.

jaksa
Jalan Jaksa, véritable repère de routards à Jakarta

On est mardi. Vendredi, mon amoureuse sera la. Pas la peine de vous cacher une impatience certaine. Meme si je serai assez triste de voir Fred repartir.

La prochaine fois, on sera deux pour vous ecrire. Que la vie est belle !


24 Juillet 2006

Sur la Carte - Au tour du monde

24 Juillet 2006

Diaporama Photos - Indonésie: Padang - Sungaipenuh

18 Juillet 2006

Coquillages et crustaces, sur une plage abandonnee…

Mardi 18 juillet, 15:29, Sungaipenuh, Indonesie. Pour commencer, avant d’aller plus loin, je rassure tout le monde : Non, je n’ai pas ete submerge par le terrible tsunami de… 2 m (si j’ai bien lu) qui a frappe Java. A vrai dire, si je n’avais pas parcouru le site du Soir hier, je n’en aurais sans doute meme jamais entendu parler.

Bon, je vous raconte ces derniers jours ? Parce que, contrairement a ce que j’ai peut-etre pu laisser croire hier, je n’ai pas fait que me laisser importuner cette semaine. Petit flash-back. Le mercredi 12, on a donc quitte Adam et sa famille a Payakumbuh, non sans une certaine tristesse. Mais aussi avec beaucoup d’excitation. Car on quittait les plateaux pour rejoindre… la plage !

J’etais vraiment tres impatient de voir l’ocean indien et les 7 heures de voyage n’ont en rien entame cet enthousiasme… Pas meme les 20 derniers kilometres partages a 24 dans un van ou on n’oserait pas faire rentrer plus de 10 passagers chez nous.

oplet
20 kilomètres en van, ça use, ça use…

Et nous sommes donc arrives a Bungus Beach, au sud de Padang. Le spectacle etait splendide. Tout simplement. Petite baie bordee de cocotiers ou s’alignent les pirogues des pecheurs, le tout baignant dans un coucher de soleil hollywoodien… Waw… mais non. Decevant, en fait… Decevant car ce paradis n’echappe pas a la regle indonesienne : il y fait degueu ! Des ordures menageres un peu partout et donc, evidemment, sur la plage, qui vous coupent toute envie de plonger un doigt de pied dans l’eau.

bungus
Bungus Beach, plus beau la nuit

Heureusement, la nuit est vite tombee et, dans le noir, on a rapidement retrouve notre sensation d’eden. Le lendemain, on est parti en pirogue avec Bule, patron d’un coffee shop voisin. Direction les iles toutes proches (qu’on esperait un peu plus propres) pour seance de snorkling. Et la,… on a degote le saint Graal.

Des petites iles abandonnees ou les seuls dechets qui jonchent sur la plage de sable blanc et chaud sont de magnifiques coquillages et des morceaux de corail… Je me suis surpris a souhaiter que la pirogue reparte sans nous.

Et encore, je ne vous ai parle que de la surface, la ! Sous l’eau, a 3 m a peine du rivage, on plonge en plein aquarium tropical. On a tout eu. Des centaines de poissons dont on ne connait evidemment pas les noms… On etait comme des gosses. On en a vu des tres gros, multicolores, comme j’en avais croise au Mexique, on en a vu des tout petits, mais tres nombreux, dont on a traverse des bancs, on en a vu des longs et fins, comme des tubes, nageant juste sous la surface, on a vu la cop’ de Nemo, tu sais celle qui n’a pas de memoire, on a vu des oursins, ouh la, les aiguilles a tricoter passent pour des epingles a cote… et, top du top, crois-le pas si tu veux, j’ai meme vu un POISSON SCORPION. Ouais, ouais, celui qu’on appelle aussi le demon du corail. Tu sais, celui que, si tu le touches, eh ben meme que t’as pas le temps de relever la tete hors de l’eau pour appeler ta moman que t’es dja mort… Eh ouais, eh ben moi, je l’ai vu cui-la… Et de tout pres, en plus (ouais bon, pas trop quand meme, hein).

Apres ces emotions et nous etres restaures… de riz (pour changer), on a repris la pirogue vers une autre ile, completement deserte celle-la (sur l’autre, il y avait en tout une vingtaine de personnes). C’est une sacree sensation que de debarquer sur une ile deserte. J’ai de nouveau ressenti cette envie de voir la pirogue repartir seule…

ile
Seul au monde, c’est moi le plus fort… et le plus heureux

La aussi, en snorkling, ce fut grandiose. Notamment parce que nous y avons fait la connaissance d’un poisson incroyable. Tres grand (au moins 40 cm de haut), tres fin (a peine 2 a 3 cm de large) et tres lent. Nous avons nage ensemble pendant de longues minutes. Il semblait nous attendre… C’etait tres troublant. Magique.

Tout ce que je viens de raconter parait peut-etre d’une banalite affligeante pour un habitue de fonds marins mais, pour un novice comme moi, ce fut une experience inoubliable.

Apres Bungus, nous sommes remontes sur Padang (a 25 dans le van, record battu). Plus grande, plus bruyante, plus polluee et plus antipathique des villes traversees jusqu’a present. A part une cool balade dans les collines et plages environnantes, je n’en retiendrai rien.

airmanis
De la plage d’Air Manis, près de Padang, on peut atteindre cette île les pieds secs lorsque la marée est descendante

Aujourdhui, on est a Sungaipenuh. Pour y arriver, on avait deux solutions. Un trajet rapide, le long de la cote, devait nous prendre 4 heures. Un plus long, a travers la montagne, promettait de fabuleux paysages. On a choisi la rapidite. On s’est donc bien renseigne… mais on nous a mal renseignes ! (les Indonesiens sont franchement pas top en matiere d’information pour les etrangers). Enfin, bref, on a essaye de profiter du paysage, quoi… En 10 heures de route, on a eu le temps.

L’Indonesie, c’est l’ecole du stoicisme.

Cela dit, c’est vrai que c’etait magnifique. Sungaipenuh est aux portes du parc national du Kerinci, dans une splendide vallee verdoyante ou les plants de the pululent.

Fred-l’alpiniste est parti en trek sur le mont Kerinci. Pat-le-glandeur est reste en ville. Comme d’hab’. Pendant ces deux jours seuls, je me suis fixe une mission (seul, on n’a que l’amusement qu’on se donne) : atteindre sans guide, sans plan, sans rien d’autre que les conseils des locaux, le sommet de la colline qui domine la ville. Un peu comme le jeu de la carte au tresor sur France 3.

Ce fut palpitant. Epique par moments. Le premier jour, je l’ai attaquee par la mauvaise face. Apres avoir tente plusieurs voies aboutissant a des cul-de-sac, j’ai decide, au peril de ma vie, de couper a travers tout. Mauvaise idee. Pas mal de bobos, quelques frayeurs et la desagrable impression d’etre perdu pendant de trop longues minutes m’ont fait penser tout haut : “Plus jamais !”

C’etait effectivement deraisonnable. Donc, j’ai remis ca le lendemain… (c’est entete un Ardennais, hein ?). Mais la, j’ai deniche, comme par miracle, le petit sentier victorieux. Cela dit, j’ai du renoncer a quelques centaines de metres du sommet. J’etais rouge comme un piment d’ici, completement epuise, il etait 12:30 et il me restait 15 cl d’eau. Cette fois, la raison a pris le pas et j’ai rebrousse chemin. Mais je suis fier. Fier d’avoir presque rempli mon impossible mission (le chemin etait tout trace devant moi, il ne me restait qu’a conclure) et fier d’avoir su ecouter mon corps quand ma tete me disait “Allez, plus qu’un petit effort”. Je crois que mon voyage aurait pu s’arreter la ou, en tout cas, que j’aurais fait mon premier passage par l’hopital.

perdu
C’est bien, Pat. T’es bien monté dans la colline. Et tu descends comment maintenant, abruti…?

Demain, retour a la plage. Youhou ! On prend le bus pour Bengkulu : depart 11 h du mat’, arrivee… 5 h du mat’… Hum… Bah, on n’est plus a ca pres.

A tres bientot

17 Juillet 2006

Vous m’enverrez des oranges ?

Je n’en peux plus. Je ne suis pas quelqu’un de violent mais je vais finir par me retourner et en frapper un. Et bien sur, je le tuerai sur le coup. Ben oui, ils sont si petits et si faibles… Et je passerai le reste de mes jours en prison parce que, ici, ils ne rigolent pas avec ces trucs-la et que ce sera difficile d’expliquer au juge pourquoi j’ai ecrase un petit Indonesien qui venait juste de me dire bonjour… Je pourrira dans une geole de Sumatra, les plus cools d’entre vous m’enverront de temps en temps des oranges et je finirai par me pendre avec une cordelette de nouilles tressees. Ce sera triste… Mais on ne pourra pas dire que j’avais pas prevenu.

C’est ce qui m’attends si j ne me ressaisis pas. Et je vous jure que ce n’est pas simple.

Ici encore, a l’instant ou j’ecris ces lignes, je suis dans un petit snack ou, apres avoir longuement hesite sur le plat du jour (nouilles ou riz ? riz ou nouilles ?), j’attends d’etre servi (j’ai pris du riz, finalement, j’avais pris des nouilles a midi). Une seule autre table est occupee. Des jeunes viennent d’y arriver. Et ils sont la, a 2 metres de moi. A m’observer comme un hamster dans une cage.
Ces regards sont lourds. Comme les centaines d’autres qui m’attendent dehors.
Depuis ce matin, Fred est parti escalader une nouvelle montagne. Je suis donc seul en ville. A Sungaipenuh (j’y reviendrai dans un prochain recit). je peux donc faire l’experience de ce qu’aurait ete mon voyage si je l’avais fait en solitaire. Interessant.
Quand je dis que je suis seul, donc, c’est seul. Avec Fred, on est les seuls Occidentaux apercus dans la region depuis plus d’une quinzaine de jours.
Aujourd’hui, donc, c’est moi l’attraction.
Dans un de mes derniers posts, je vous avais parle d’une septantaine de “Hello mister” quotidiens. Sur cette journee, et elle est loin d’etre finie, je vous jure que je dois approcher les 200… Je vous l’ai dit : je n’en peux plus.
Je me sens comme une bete traquee. J’ai presque envie de me cacher… mais a part dans ma chambre (toute petite et sans fenetre), c’est impossible. Ces villes n’offrent aucun lieu de repors ou d’isolement et la campagne, c’est la jungle.
Je suis un animal de foire. Lorsque je traverse une rue, je sens tous les regards qui se portent vers moi. Et ce n’est pas qu’une impression, je vous assure.
Pour certains, comme le dit Fred, je ne suis qu’un dollar sur pattes. Une potentielle rentree d’argent si j’accepte de monter faire un tour sur leur moto. Mais la ou ce harcelement est vraiment vicieux, c’est que ceux-la sont loin d’etre la majorite (ce que je comprendrais plus facilement).
Pour les vieux, je suis une curiosite. Pour les ados, soit une source de moquerie, soit, au contraire, une occasion de se pavaner a mes cotes. Les jeunes filles, plus timides, me devisagent jusqu’a m’arracher un mot, voire un sourire, puis pouffent et se retournent pour rigoler entre elles. Pour les enfants (c’est a la fois les moins desagreables et les plus epuisants… ils sont si nombreux), je suis un defi. C’est a celui qui m’arrachera le plus d’attention, de gestes, de mots. C’est tout bonnement infernal. Lorsqu’ils sont en famille, on sent nettement la pression parentale “Vas-y, mon fils, tu peux le faire”… “Hello mister”… Le gamin repart tout heureux, les parents sont fiers “C’est bien, mon fils, toi aussi tu sauras importuner a merveille plus tard”…
Les pires de tous sont ceux a retardement. On les sent venir et c’est encore plus insupportable. Assis sur sa moto ou sur une marche d’escalier, il te voit arriver. Te scrute de la tete au pied sans dire un mot. Puis, des que tu es passe, ca fuse, ca gueule, ca hurle, dans ton dos, comme un coup de poignard… “HELLO MISTER !”… C’est a cause d’un de ceux-la que je finirai en taule.

Bon. Tout ca est tres acide comme commentaire, je vous l’accorde. C’est ecrit a chaud, aussi. Mais c’est voulu car c’est, selon moi, le seul moyen de partager avec vous cette pression constante. C’est pas facile d’essayer de transmettre une experience qui semble intransmissible… Je ne suis meme pas certain qu’une rock star connaisse le meme traitement.

Cela dit, la plupart de ces gens sont profondement adorables et ne se rendent pas compte qu’ils sont le 172e ou 173e de la journee. Et je suis meme certain que pas mal d’entre eux pourraient faire de bons potes… s’il y en avait un seul capable d’aligner trois phrases en anglais.

Allez, c’est promis, je vais essayer de me contenir encore pendant quelques jours.

Au fait, plus que 10 et ton avion decolle, poupee…

juplage