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Lundi 29 Janvier 2007

Les couleurs du Rajasthan

Litteralement, le pays des rois. Le Rajasthan est la destination touristique, par excellence. Avec raison. Il vehicule reve, magie, splendeur, fascination et vous plonge dans une Histoire palpitante.
Apres 15 premiers jours plutot difficiles, l’Inde a commence a nous seduire a Varanesi. Le Rajasthan nous a conquis.

- Jaipur : la “Ville rose”. Par sa taille et son activite economique, elle est sans doute la ville la plus importante de l’etat. Pas la plus charismatique. Nous, on l’a surtout trouvee bruyante et polluee. Indienne, quoi.
Notre activite essentielle sur place peut se resumer a :
- faire du breakdance avec Gudjut, pour moi
- faire du shopping avec ses nouvelles copines liegeoises, pour Ju.

A quelques kilometres de la, le fort d’Amber (vous avez vu les photos) a toutefois suffi a racheter la region a nos yeux.

- Pushkar : la “Ville sacree”. C’est la que la magie a reellement commence a agir. Pushkar n’est qu’un gros village sorti de terre comme un mirage entre montagnes et desert. Posee autour de son lac sacre dans lequel elle se reflete non sans poesie, Pushkar appaise et rend zen. Peut-etre est-ce d’ailleurs pour cela qu’elle est tant prisee par les fumeurs de bhang.
Autour, deux collines dechirant le beau ciel bleu offrent de superbes balades et des panoramas qui laissent reveur depuis les temples qui les surmontent.
Cette oasis de plenitude fut, enfin, l’occasion de notre premier contact avec l’ami chameau et d’un magnifique coucher de soleil dans le desert.

pushkar

- Udaipur : la “Ville blanche”, ayant gagne le titre enviable de “plus romantique du Rajasthan”. C’est la qu’on a passe le cap de 2007, sur un petit pont surplombant le lac Pichola, avec a notre gauche l’impressionante silhouette du City Palace, gigantesque ensemble palatial d’un raffinement exquis, a notre droite, le complexe hotelier d’Udaivillas ou certaines suites sont facturees 5000 dollars, et face a nous, le majestueux Lake Palace, surgissant fierement des eaux pour nous illuminer de son luxe demesure. Le tableau etant successivement eclaire par des feux d’artifice explosant dans tous les coins de la ville. Ouaip, romantique. Adjuge !

udaipur

- Jodhpur : la “Ville bleue”. Premiere impression au petit matin en descendant du car : comme Jaipur. Grande ville, espaces confines et pollues. Le rickshaw nous depose ensuite a l’entree d’un dedale de ruelles et la, notre opinion commence a changer. Ces vieilles maisons, toutes centenaires, bleues et indigo, degagent un charme qu’on ne peut nier. Tout comme notre guesthouse, qu’on trouve plutot sympa, le resto en terrasse donne envie et puis… le spectacle se jette sous nos yeux sans crier gare. Le genre de vision dont on se rappelle longtemps. Une mer d’edifices cubiques bleutes dansant autour d’une ile monumentale : le fort de Meherangarh.
A prononcer “Meeeeerangaaaaarh”. Ca fait tres “Seigneur des Anneaux” et c’est aussi beau, vraiment, que les bastions de Tolkien revus par Peter Jackson.
Jodhpur est siderante, un vrai regal pour les yeux. Et la visite de “Meeeeerangaaaaarh”, forteresse imprenable et jamais prise, regnant sur le royaume du Marwar, le pays de la Mort (authentique), restera comme un tres grand moment de ce voyage. Godefroid de Bouillon, tu peux aller te rhabiller, ton chateau, c’est de la gnognotte a cote du monstre bati par le maharaja de Jodhpur.

- Jaisalmer : la “Ville d’or”, s’etend, elle aussi, autour de son fort. La difference, c’est qu’elle vit aussi a l’interieur. Derriere ses intimidants remparts, la vie grouille comme dans une vieille cite moyenageuse et, si Meherangarh evoque la “Terre du Milieu”, ici, c’est plus sur la “Tatooine” de Star Wars qu’on a l’impression d’avoir atterri.
C’est a Jaisalmer qu’on s’est offert notre escapade dans le desert du Thar a dos de chameau. Emmenes par Mister Kaan, chamelant (equivalent de chevauchant, j’imagine) Julien et Mister Laloux, un gros male en rut, bavant et gargarisant a longueur de journee, nous avons parcouru une grosse trentaine de kilometres en trois jours, assiste a un splendide coucher de l’Astre dans des dunes de sable, vecu de fantastiques soirees autour du feu et passe deux nuits glaciales a la “vraiment tres” belle etoile.

jaisalmer

- Bikaner : le “Pays de Chameaux”, comme ils s’en vantent sur leur prospectus (j’aurais pas ose). Derniere etape, que j’ai couverte seul, Ju etant rentree sur Delhi pour aller voir le Taj Mahal avec son pote Alex.
Bikaner est surtout connue pour le temple de Karni Mata, ou la divinite a eu l’heureuse idee de se reincarner en… milliers de rats ! Les bestioles y pululent et sont veritablement venerees. Il parait d’ailleurs que lorsqu’une d’entre elles passe sur vos pieds, cela porte chance.
Je vais etre verni. Et plutot deux fois qu’une…

Jeudi 21 Decembre 2006

Recit d’une journee de voyage en Inde

 

  

Imagine, comme dirait un Beatle mort.

Il est 6h30 quand tu te reveilles. Tu as la peche malgre deux dernieres journees gaspillees dans un safari-photos en parc national qui t’a donne l’impression de traverser un tunnel tout vert de 200 km. Malgre ca, tu as la peche donc. Tu es en Inde, apres tout. C’est pas ca que tu voulais ?
Alors tu decides de profiter du soleil du matin sur la petite ville de Baripada pour aller les prendre ces fichues photos. Un mot du soleil. Rose bonbon. Comme un Mentos luisant au dessus des toits. Les Mentos roses, les meilleurs. Ce Mentos, il perce la brume matinale pour t’offrir un ciel a pleurer tellement qu’il est beau.
Merde, ca ne donne rien. Ca se confirme, t’as vraiment achete un appareil de plouc.
Pas grave, c’est pas ca qui va t’enlever ta belle peche.
Un peu plus loin, un terrain vague. Sur le terrain vague, des gens. Au milieu des gens, un ballon ! Rien de tel qu’une partie de foot a 7h du mat’ pour attaquer la journee du bon pied. Les Indiens t’accueillent a bras ouverts. Apres deux passes reussies, tu deviens le heros. Ils voient en l’Occidental qui pousse la balle un Zidane en puissance. Non, un Beckham, plutot. Car tu as beau leur expliquer que tu es Belges, ils restent persuades que t’es English. Soit. Si ca les rend heureux…
Le probleme, d’office, c’est qu’ils attendent de toi de realiser des trucs extraordinaires. Mais comme toi, ton boulot, ca a toujours ete de commenter les trucs extraordinaires des footballeurs et jamais de les realiser, tu preferes t’eclipser en pretextant une douleur a la cheville. En fait, non. Tu ne pretextes pas. Tu ressens reellement une douleur a la cheville. Mais, boitillant, tu gardes la peche.
Retour a l’hotel. Tu arraches tendrement ta cop’ a Morphee. Tu fais ton sac. Vous etes partis.

Vous trainez peniblement vos 20 kilos de fringues-souvenirs-bouquins-medocs sur les 400 m qui vous separent de la grand route. Il est 9 h. Tu chopes un rickshaw. Tu laisses ton amoureuse s’entasser a l’arriere avec vos 4 sacs et tu poses une demi-fesse a cote du chauffeur pour entamer une toujours perilleuse traversee de la ville.
Gare routiere. A peine descendus, il te faut attraper ton bus. Lequel ? Celui qui est en train de partir, pardi. Pas evident de glisser des sacs de 20 kilos dans le coffre d’un bus en marche. Mais bon, comme t’as une peche d’enfer, tu y parviens. Et tant pis si, pour ca, tu t’es eclate 3 fois la tete contre la porte du coffre et que ta jolie casquette blanche est desormais pleine de graisse. T’es d’une nature optimiste, ca aurait pu etre tes cheveux apres tout.
Suivent les 3 heures necessaires a la couverture des 50 km qui separent Baripada de Balasore. A l’arrivee, tu dois reconnaitre que tu es un peu emousse.

Pour rejoindre la gare, tu ne trouves pas de rickshaw qui accepte de t’emmener pour un prix raisonnable. Et en plus, ils se montrent desobligeants avec ta copine. Basta ! Vous irez en cyclo-pousse.
Ah, la grande idee que voila…
Le siege d’un cyclo-pousse (equivalent cyclo du pousse-pousse) est concu pour une personne. Eventuellement accompagnee d’un sac rempli des courses du marche. Mais il etait evident qu’y installer deux adultes aux gabarits non-asiatiques entiches de 4 sacs dont 2 plus grands qu’eux, ca revenait a faire entrer les 7 nains, Blanche-Neige, le Prince, la sorciere et toute la smala dans une Smart. Mais comme tu crois aux contes de fee, tu l’as fait. La moitie du chemin, en tout cas. L’autre moitie, vous l’avez passee a pousser avec le cycliste epuise un vehicule prehistorique qui ne transportait plus que vos bagages. Passons sur le fait qu’au terme de la “balade”, le type aura le culot de demander plus qu’il n’avait ete convenu.

La gare. Au guichet, on te vend ton ticket pour 177 roupies. Ce qui equivaut plus ou moins a 3 euros. 3 euros pour parcourir 824 km… hum… mauvais presage. Le train ne part qu’a 15h30, alors tu passes 2 heures a jouer aux cartes sur le parvis avec ton amoureuse et une quinzaine d’Indiens agglutines. Officiellement pour decouvrir comment les Belges jouent au rami. Officieusement pour tenter de grappiller une vue plongeante sur le decollete de ta superbe petite amie. Oui, c’est vrai qu’elle est superbe ta petite amie. Et si la journee commence a devenir longue, cette idee t’aide a garder la peche. Chanceux, va !

15 h. Vous etes desormais sur le quai. Tu es en train de lier connaissance avec un Indien, disons qu’il s’appelle Mukesh, qui a eu l’extreme gentillesse d’oter son gros sac de sport du banc pour que tu puisses t’y asseoir. Et la, ton impression se confirme. L’Indien trop sympa te revele que ton billet a 3 euros est un aller simple pour l’enfer. Un ticket seconde classe pour un voyage de 800 km a travers le sous-continent indien, c’est comme embarquer pour Auschwitz. Tres peu en reviennent. Exageration ? Bien sur. Toujours est-il que l’idee de voyager 18 h dans un compartiment surpeuple avec toute probabilite pour que tu en passes la moitie sans place assise parvient a entamer serieusement ton enthousiasme matinal. Heureusement qu’il est cool Mukesh. Dans le train, il negocie pour toi avec le controleur qui, contre un tout petit bakshish, te deniche 2 places en sleeper, ou s’il ne fait pas bon vivre, il est possible de survivre.

Mais bon, ce sont 2 places denichees. C’est-a-dire que ce sont les dernieres. C’est-a-dire celles qu’on n’a pas oser refiler aux autres. C’est-a-dire le compartiment situe juste a cote du sas d’entree. La meme ou la lumiere ne s’eteint pas de la nuit, ou l’odeur de pisse persiste et ou les courants d’air jouent les eternels passagers clandestins. C’est-a-dire aussi que sur les 8 couchettes du compartiment, ce sont les 2 qui sont dans l’autre sens. Celui de la largeur. Plus petit. Logiquement. Trop petit. Evidemment.
Avec tout ca, il doit etre environ 2 h du mat’ quand, frigorifie et resigne, tu sors ton bouquin. Tu viens de comprendre que tu ne dormirais plus cette nuit. Finalement, ca a du bon que la lumiere ne s’eteigne pas. Et puis, tu es verni, il est passionant ton roman.

Quelques heures plus tard, lorsque tu arrives enfin a Varanesi (anciennement Benares), ta peche de la veille, ta belle peche qui t’avais fait passer pour Beckham, n’est plus qu’un lointain et vague souvenir…

Dimanche 10 Decembre 2006

Cite de la Joie

Doucement, je me reveille. Mes sens emergent l’un apres l’autre d’une profonde lethargie. Mes paupieres sont encore trop lourdes pour esperer les soulever. Alors, etendu sur ce matela crado, j’ecoute. Non, j’entends, en fait. Impossible d’ailleurs de preciser quel est le son qui m’a tire de mon sommeil. La symphonie des klaxons ? La cacophonie des merles, corneilles, corbeaux ou que sais-je comme oiseau degueulasse ? Le boucan des moteurs et de la tole des vehicules secouee sur un revetement defonce ? Les cris des enfants qui jouent dans la rue ? Le frottement de ce type qui ponce un truc bizarre sur le toit d’a cote ?
Les choses s’eclaircissent mais les yeux ne s’ouvrent toujours pas. Apres 34 h sans les avoir clos, c’est leur droit. Ils sont fermes mais je vois. Je revois dans un kaleidoscope flou mes premieres images d’Inde.
D’abord le fleuve. Immense. Survole a bord de notre appareil de la Royal Bhutan Airlines, le delta du Gange m’a vraiment sidere (c’etait donc fini, je ne pouvais plus feindre d’ignorer qu’il existe bel et bien un pays qui s’appelle le Bhoutan, que ce n’est pas qu’un vague souvenir issu d’un Spirou et Fantasio).
Puis la ville. A l’atterrissage. Noyee dans une foret de palmiers. Baignee par le soleil du matin. Du petit matin. Quelle idee de prevoir des vols de 3 heures a 6h50 ! On a fait le choix de la nuit blanche. Il n’y avait pas de bon choix, forces qu’on etait de nous presenter a l’aeroport avant 5h du mat’, bref de quitter l’appart d’Oli et Sylvie vers 4h…

Les sens alteres par la fatigue, nous avons vu.

Premier flash : ce taxi qui passe devant la fenetre du terminal. Jaune, flamboyant, d’un marque indefinisssable. D’une epoque indefinissable. On embarque dans un autre, pareil, et s’installe plus ou moins confortablement pour assister a ce qui ressemblera a une projection d’ “Exploration du Monde”, ces reportages diffuses dans les ecoles pour susciter chez les enfants l’idee que le monde ne s’arrete pas a la grille de la cour de recre.

C’est un festival. Ma raison ne fonctionne plus. Il ne me reste que mes yeux. Pour en prendre plein la vue. Pour pleurer de bonheur. On aura droit a un veritable rodeo routier entre des centaines d’autres taxis venus de temps immemoriaux, de vehicules rouilles comme un vieux clou, de bus surpeuples aux formes totalement improbables, de tuk-tuk, appeles rickshaws ici, qui semblent dans un etat pire encore qu’ailleurs…
Et puis il y a ces choses suprenantes.
La premiere fois, tu te dis que tu as mal vu. Que c’est un coup de ton imagination dopee par ta fatigue. Mais non… Dans la rue, des gens se font balader dans des nacelles montees sur de grandes roues en bois, tirees par des types crasseux, maigrichons, qui courent pieds nus a travers les dechets. On appelait ca des pousse-pousse. Je croyais que c’etait lors d’un autre siecle.

poussepousse

Explosion de couleurs. Les visages, les vetements, les habitations marquent notre esprit. Est-ce parce qu’ils ont trois yeux, mais le visage des gens de la rue est percant. On ne peut pas l’eviter. Ici, un gars qui se lave les cheveux au bord du carrefour. Plus loin, un autre qui satisfait un besoin naturel devant tout le monde. Ca grouille. Pour moi, le choc est plus ou moins pareil qu’a mon arrivee en Indonesie. J’ai pourtant 5 mois d’experience supplementaire dans mes bagages. C’est dire…

salledebain

On a roule une bonne heure. On n’a pas vu une seule artere qu’on pourrait qualifier de grand rue. On a traverse un labyrinthe de ruelles qui forme, c’est mon impression, un magnifique et joyeux bordel. Le taxi s’est immobilise. On est pres de Sudder Street, un coin a Occidentaux. Rien n’est beau, rien n’est droit, rien n’est neuf, tout est sale, pourri, decrepi, pouilleux, puant, pendouillant, glissant, gluant,… Aux balcons, une vegetation sauvage a chasse les geraniums, prenant racines dans la crasse accumulee. Mais je suis submerge par une etrange splendeur. On vient de poser nos sacs sur des lits desquels un nuage de poussiere a jailli. J’ai pourtant l’impression que je me sentirai bien ici. Je me trompe peut-etre. On n’a pas choisi l’hotel. James vit ici depuis plus d’un an. Sa definition des chambres du Modern Lodge etait “basiques”, je crois. “Spartiates” me semble plus approprie.

poubelles

On n’a pas d’argent. Pas un roupie en poche. On suit James pour en trouver. Dans le petit bureau, l’Indien m’explique dans un parfait anglais qu’aujourd’hui c’est dimanche et que je ne trouverai donc pas de change a taux interessant. Mais si je veux, il peut me donner de l’argent jusque demain. Combien je veux ?
Hein ? Je jette un regard a Ju, puis a James qui me souris en ecartant les bras pour signifier “C’est comme ca ici, bienvenue dans la Cite de la Joie”. Le gars du bureau me file 1000, quasi 20 euros. Vous voulez mon passeport ? Mon hotel ? Mon nom au mois… ? Il ne veut rien. Il sourit. Pas de probleme qu’il dit. Demain…

Je ne crois pas avoir reve tout ca. J’ouvre un oeil. Le second. J’emerge et sort prendre l’air sur la terrasse. Le soleil est en train de se coucher sur notre premiere journee a Kolkata.

Samedi 2 Decembre 2006

On voulait voir Pékin…

La poupee de Jacques voulait voir Vesoul et elle a vu Vesoul. Nous, on voulait voir Pékin et on a vu Beijing…
Dans les conversations sans interet, il est toujours du plus grand classe de glisser a propos d’une ville la plus lointaine possible “Ouiiiii, mais vous savez, ca n’a plus rien à voir avec ce que c’était il y a 10 ans”, le tout en mimant une bonne bouffée de pipe-à-poulie (comprendront ceux qui doivent). Pékin appartient sans probleme a ces destinations. Retenez-le, ça peut servir.
Dans une Chine qui explose économiquement et avec les JO en point de mire, les autorités n’ont pas fait dans la dentelle. Mais la dentelle et les Chinois, ça fait au moins 8, si vous ne l’aviez pas encore compris avec nos textes précédents.
Le mystérieux Pékin (Aaaah, les Mystères de Pékin… Souvenez-vous, c’était ChaoLin, le meurtrier !) n’est plus. Pour les Jeux, c’est plus de 50 % de la ville qui a été transformée, modernisée (ou qui va l’être sous peu).  Un proverbe chinois inventé par nous (enfin moi, Julie se désolidarisant lâchement) dit d’ailleurs : “Si l’on entassait toutes les grues aujourd’hui à Pékin, on n’aurait plus besoin de fusée pour atteindre la lune…” Ouais… Bon, passons…

Notre arrivée fut originale. Après 12 heures de “bus-couchettes-trop-petites”, 12 heures à débattre d’un dilemme digne du Capitaine Haddock (”Pour dormir, je préfère les orteils écrasés vers le bas ou tordu vers le haut ?”), on est arrivé dans la capitale. Mais on ne saura jamais où. Impossible de se faire montrer sur la carte où se trouvait cette gare des bus. Ils sont fatigants, ces Chinois…
Soit. On est quand meme arrives dans le metro. Rassures qu’on etait quant a notre positionnement geographique, c’est tout guillerets qu’on a voulu monter dans la rame. Voulu, donc. Car, BAM !!! On s’est fracasses comme si on avait rate la porte. Mais non. On etait bien en face de l’entree (ouf, on n’est pas encore completement cons) mais on venait de faire connaissance avec notre premiere Grande Muraille de Chinois. La densite d’etres humains au centimetre carre etait telle qu’on se serait cru face une oeuvre commune de Cesar et Picasso.
Ouais, je sais, vous vous dites “Ils exagerent encore”. Eh ben, sachez quand meme que, pour arriver a destination, on a ete obliges de prendre le metro… dans le sens inverse ! Du terminus, on a pu repartir a la decouverte de Beijing avec un espace vital un peu superieur a celui d’un pois de Madame Marie Thumas. Quand on a pose nos enormes sacs a l’auberge de jeunesse, il y avait plus de 2h30 qu’on etait sortis du car…

Ce qu’on a aime a Beijing (par ordre chronologique) :

1) Notre auberge et ses hotes. Notre dortoir etait celui des “longues durees”. Y avait Mike, un Canadien anglophone qui apprend le chinois depuis deux mois et qui parle mieux francais que nous. Hyper sympa. Et puis y avait les Russes, aux tetes un peu louches, qui apprenaient le tai chi depuis plus de 40 jours mais qui ne sortaient jamais du dortoir ni de leur pantalon de survetement peau de peche rouge. Mais comme ils me filaient des mandarines, je leur ai vite pardonne cette errance vestimentaire. Trop cool, la chambree, hein ?

2) L’air vivifiant. C’est sec et frais Beijing. Ca change de Bangkok.

3) Decouvrir le Palais d’Ete par une apres-midi ensoleillee. Immense parc autour d’un juste un peu moins immense lac et garni d’une foultitude de majestueux palais et temples. Les palais et les temples, c’est pas trop ma tasse de the. Mais une balade en amoureux au bord de l’eau dans un parc en automne, c’est toujours magique. Alors dans un parc imperial, vous pensez…

palaisdete

4) Notre expedition a la Grande Muraille. Depart chahute avec recherche epique du bon bus parmi des centaines de mauvais. Vive engueulade avec un chauffeur de minibus hyper trop collant. Autre engueulade avec un chauffeur de minibus hyper trop cher. Descente du minibus sur la voie rapide. Arrivee a la Muraille de nuit a bord d’un gentil semi-remorque qui nous a pris en stop. Chute burlesque du semi-remorque pour avoir rate la marche. Nuit glaciale chez un guide dont on ne voulait pas et qui en fut si triste qu’il nous a quand meme accompagnes… gratuitement. Lever de soleil sur un mur qui, c’est la legende qui le dit, se voit depuis la lune. Balade de 10 km sensationnelle dans le plus beau decor que j’ai jamais vu (un dragon de pierre nageant dans un ocean de montagnes). Escalade de certains passages fleurtant avec les 70 degres. Festin avec Zhang, notre guide-copain, et a-fond de plein, plein de bieres… hips…

grandemuraille

5) Autre lever de soleil. Place Tian’anmen, cette fois, pour assister avec quelques centaines de Chinois patriotiques a la montee du drapeau. Decouverte de la Cite Interdite qui ne l’est plus depuis tres longtemps (au contraire, on semble desormais obliges d’y entrer). Balade de plus de six heures a travers 500 ans d’empire chinois. Ca n’arrive pas tous les jours.

6) Se promener a bicyclette dans l’ultra-plat Beijing (on a l’impression que cette ville a ete batie a l’aide d’un niveau gigantesque). A defaut d’etre tres beau (les fameux “hutongs”, ruelles anciennes que tout le monde veut voir, n’ont rien de transcendants), ce fut franchement agreable.

Ce qu’on n’a pas aime a Beijing (par ordre… allez, on va dire alphabetique, pour changer) :

1) A comme associaux. Beaucoup trop de Chinois le sont assurement. C’est une question de culture, me direz-vous. Peut-etre. Mais les crachats dans le bus, les reniflements bruyantissimes, les “pas de bonjour, pas de regard, pas de merci”, les connards en bus, voiture, velo qui vous renverseraient sur votre passage pour pietons si vous ne vous arretiez pas, se moquant eperdument que le feu soit vert pour vous, les abrutis qui vous bousculent pour entrer dans le transport en commun avant que vous en soyez sortis, ces gens qui parlent toujours comme s’ils s’adressaient a un regiment et qui repondent au telephone comme si leur interlocuteur les appelait depuis la piste du Millenium… a force, ca use.
On comprend mieux pourquoi Pekinois designe aussi des animaux…

Attention, on ne doute pas que ces gens peuvent etre aimables et faire preuve de la plus grande des delicatesses. On leur demande juste de le montrer un peu plus souvent.

2) D comme distances. Beijing, c’est fichtrement grand. Et quand il te faut un quart d’heure avant d’atteindre la premiere bouche de metro, ton air sec et frais devient vite pincant et glacial.

3) E comme enfoire. Pardon. Mais le type avec lequel on s’est embrouille sur la route de la Grande Muraille ne merite pas d’autres qualificatifs. Sauf peut-etre lourd, allume, violent, grossier, ecervele et j’en garde quelques-uns en reserve. On ne va pas s’etendre sur l’histoire. Sachez juste que Ju en a ete terrorisee pour le reste de la soiree.

4) P comme promiscuite. Le Palais d’Ete, par exemple, c’est superbe. Mais quand, avant d’entrer, tu apprends qu’il y a deja plus de 11 000 touristes chinois qui se font prendre en photo a l’interieur, ca refroidit un brin.

5) R comme restauration. Fichus JO. On etait tout heureux d’apprendre que l’entree de la Cite Interdite etait moins chere que prevue. On a dechante quand on a constate que les trois principaux palais de l’ensemble n’etaient pas accessibles pour cause de renovation preolympique. Accessibles, d’ailleurs, le mot est trompeur. Car ces palais n’etaient carrement pas visibles, d’enormes baches montees sur des echaffaudages enrobant ces monuments historiques. Christo n’aurait pas fait mieux.

citeinterdite

6) Z comme Zedong. Ce type qui impose aujourd’hui son enorme verrue sur le menton a la vue de tous les visiteurs qui franchissent la Porte de la Paix Celeste, entre Tian’anmen et la Cite Interdite, a quand meme agi comme un monstre a plus d’un egard. Il n’est pas le seul, ok, mais quand on voit le culte que lui rendent encore des millions de Chinois, on se dit qu’il y a des choses qu’on est destine a ne jamais comprendre…

zedong

Cette grosse semaine pekinoise terminait en beaute nos 50 jours chinois. Restait alors 24 h de train pour redescendre vers Canton avant de reprendre un avion depuis Macao ou se disputait le celebre Grand Prix de Formule 3. Direction Bangkok et les plages de Koh Samet pour quelques jours de vacances bien merites avant d’attaquer un des tout gros morceaux de ce voyage : Calcutta !

Jeudi 2 Novembre 2006

Ils sont fous, ces Chinois…

Que ce soit a Yading, la reserve naturelle, depuis notre chambre cachee dans le fenil, ou a Songpan, en rejoignant notre tente apres un inoubliable feu de camp, l’effet fut le meme. En pointant notre nez vers le ciel, dans une nuit froide, si froide qu’on avait oublie qu’il pouvait faire froid comme ca, notre bouche est devenue toute ronde, comme nos yeux, et il en est un sorti un long “Ooooooooooh”…
A 4000 m d’altitude, dans des regions ou la lumiere electrique est encore synonyme de petit miracle, un ciel, la nuit, c’est yakement beau (oui, nos expressions s’adaptent au pays). Les etoiles semblent si nombreuses, si grosses et l’impression d’en etre si proche est troublante et envoutante.
Au Sichuan, on est dans la charpente du monde. Pas tout a fait son toit, mais juste en dessous. Ce sur quoi il repose, finalement.
On y est arrive par la “porte de derriere” comme les Chinois l’appellent. En fait, les regions qu’on a traverse entre Zhongdian (Yunnan) et Litang (Sichuan) ne sont ouvertes aux etrangers que depuis 1999. Ni Le Routard, ni le Lonely Planet n’en disent mot. Dans le premier, la route qu’on a empruntee pour rejoindre ces deux villes ne figure meme pas sur la carte. Il faut dire que si on en detient l’edition 2006, on s’est souvent demande si Le Routard avait ete remis a jour depuis 1999. Et on exagere a peine.
Zhongdian - Litang ne pouvant etre couvert d’un trait, nous avons fait escale a Daocheng. La, apres une nuit mouvementee (pourrie par nos voisins chinois qui n’ont manifestement aucun respect pour le sommeil d’autrui), dans une chambre avec un carreau casse (on rappelle qu’on est a 3800 m d’altitude), en quete d’un ticket de bus, on tombe sur un couple chinois et un couple du Colorado rencontres la vielle dans le bus. Xiaolu, Yiyi, Mike et Sherry nous proposent de les accompagner a Yading, une reserve naturelle qui, parait-il, vaut le coup d’oeil. Pourtant, on vous l’a dit, aucun de nos guides de voyage n’en fait echo. Charmes par l’aspect inattendu de l’offre, on se laisse tenter et on embarque dans un minibus avec lequel, apres 3 heures ecrase sous mon sac, on atteint ce lieu magique. (Au fait, j’ai oublie de preciser que, par vengeance, on a quitte nore chambre tot le matin en laissant la television, volume a fond… non mais… bien fait, na !)
Le point de depart des promenades dans Yading ressemble a un village indien. Une seule baraque en dur, le reste ce sont des tentes. Entourees de dizaines de chevaux. Le paradis pour Ju qui adore ces betes. Le pied aussi pour moi qui suis fan de ces endroits incongrus. Notre chambre sera donc dans le fenil de la maison en vieilles pierres. Trop pittoresque.
On n’est pas passe par la “tente-salle de billiard”mais on a par contre passe une partie de la soiree dans la “tente-discotheque”. Ils sont fous, ces Chinois…

billiard
Inutile de preciser combien la balade du lendemain fut merveilleuse. A couper le souffle. Au sens propre pour Julie qui, au-dela de 4000 m, s’est sentie comme un poisson hors de l’eau.
Allez, une petite anecdote, comme ca, en passant. Sur le chemin du retour vers Daocheng, on a failli mourir ecrases contre un yak. En plus de conduire comme un abruti, notre chauffeur s’est… comment dire… endormi ! Grace a la vigilance de Julie (qui m’a glisse avec un calme a faire palir : “il dort”) et du Chinois assis sur le siege passager, on a evite l’accident. De justesse. C’est ce dernier qui a repris le volant echangeant sa place avec le “chauffeur” qui, secoue par toutes ces emotions, a pique un roupillon bien merite jusqu’a destination. Ils sont fous, ces Chinois…
C’est lors d’une enieme prise de tete pour obtenir un ticket de bus qu’on a fait la connaissance des M&M’s. Marie et Manu, ex-Bordelais, futur Palois, en voyage pour six mois, ont partage nos quelques jours a Litang. Un couple hyper sympa, fou de randonnee en montagne, qui nous a initie a “Toc-Toc” et au “Puissance 5 chinois”.
C’est avec eux que, pendant que miss Dohet se refaisait une sante sous ses couettes, j’ai gagne le plus haut sommet que j’atteindrai jamais a pied (en car, je pense qu’on a du passer bien plus haut). 4500 m ! Sur la colline surplombant le plateau de Litang, j’etais sacrement fier d’etre monte sans peine jusqu’a 300 m seulement de la hauteur maximale du mont Blanc. La fierte prend un serieux coup sur la tete quand tu vois soudainement debarquer entre les yaks un Kham (l’ethnie du coin) plante sur sa moto, franges au guidon, musique a fond et lunette de soleil au bout du nez… Ils sont fous, ces Tibetains…

litang
Apres Litang, nous sommes redescendus, en plusieurs etapes (notamment en passant au pied d’un pic a 7500 m !!!), vers Chengdu. Notre plus grosses ville chinoise jusqu’a present. Simple bourgade de province, Chengdu et sa banlieue comptent environ autant d’ames que… la Belgique. C’est fou, la Chine, hein ?
Mais ce qu’on a decouvert en descendant des montagnes, c’est le gris. Un gris compact et omnipresent. Comme si un brouillard eternel s’etait pose sur cette region. Est-ce une question de pollution ? On n’y a pas eu de reponse. Cela dit, il parait que 9 des 10 villes les plus polluees au monde sont en Chine. Ils sont cons, parfois, ces Chinois…
A Chengdu, on a assiste a une representation de l’Opera du Sichuan. D’Opera, il n’a que le nom car, chez nous, les artistes qu’on a vus passeraient sans probleme chez Patrick Sebastien mais ne mettraient pas un pied a l’ORW (Opera Royal de Wallonie). La qualite du show est suprenante mais c’est davantage du cabaret-cirque qu’autre chose. Danses costumees, musique traditionnelle, acrobaties, ombres chinoises, cracheurs de feu et “changing faces” (ces artistes transformistes qui changent de masques a la vitesse de l’eclair) nous ont ravis. Tout le contraire de ces “artistes” dans la salle qui ne savent pas se taire pendant un spectacle. Pire, comme ils arrivent tous par des circuits organises minutes a la seconde, aucun n’a eu le temps de passer aux toilettes. Logiquement, ils choisissent donc le moment du show qui les interesse le moins pour sortir se soulager. Le va-et-vient est incessant. A tel point que dans cette salle, la poursuite n’eclaire pas les artistes mais les spectateurs qui vont pisser. Authentique. Pathetique. Ils sont fous… Completement fous !
Chengdu est tres prise en Chine. Pourquoi ? Parce qu’on y vient de loin pour voir son plus celebre habitant : le panda geant. Le symbole du WWF, en voie d’extinction, est visible dans les environs de la ville dans une “base de reproduction”. Pour echapper a l’hysterie touristique, nous nous y sommes rendus avant l’ouverture et nous avons pu penetrer le parc une bonne heure avant les hordes infantiles de “Chinois-photographes”. Ce fut un instant a part. Lorsqu’on s’est penche sur ces quatre bebes panda, dormant paisiblement sur le ventre, comme des petits d’homme, s’etirant, baillant, secouant la tete avant de replonger, vaincus par le sommeil, on s’est sentis sacrement emus. Ca a pu durer jusqu’a ce que le premier porte-drapeau (au sens propre en Chine) d’une delegation touristique ne pointe son nez et n’agite son mat pour fair rappliquer les siens. Ce fut le point de depart d’un deferlement de badauds. Le charme etait rompu. Foutus Chinois…
On s’est toutefois bien amuse a regarder les plus grands s’empifrer de bambou. Posant presque pour les photos. Il y a tellement d’humanite dans ces grosses peluches. Jamais un animal ne m’avait fait une telle impression. Je vous souhaite tous, un jour, de faire la connaissance d’un panda geant.

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Notre prochain post racontera comment s’est termine notre periple sichuanais. C’est-a-dire par une randonnee a cheval de 4 jours dans les montagnes glaciales de Songpan. Ils sont fous, ces Belges…

froid